L’état de siège

 11 avril 2018 (20h30)

Texte Albert Camus mes Emmanuel Demarcy Mota

Un texte magnifique, une ode à la liberté et à l’Homme, remarquablement servi par la mise en scène d’Emmanuel Demarcy Mota et par ses comédiens absolument excellents.

Commandée par JL Barrault à la fin de la seconde guerre mondiale, elle était un plaidoyer contre la barbarie et une ode à la résistance, retravaillée et épurée (la version initiale dure plus de 3h!) par Emmanuel Demarcy Mota et sa troupe, elle résonne aujourd’hui avec la même intensité, faisant écho à des situations d’actualité, sans jamais pour autant céder à la facilité de clins d’œil démagogiques. C’est là toute la force du texte et de sa relecture : la scénographie et les costumes servent parfaitement cette universalité, plongeant le spectateur au cœur de la tyrannie du passé, du présent et d’un futur où les écrans de surveillance servent les oppresseurs.


© Jean Louis Fernandez

Le spectacle a été suivi d’une rencontre très intéressante avec Julie Peigné, 2ème assistante à la mise en scène, et Sarah Karbasnikoff, comédienne, animée par Basilia Mannoni. Un échange très riche qui a permis notamment de préciser les enjeux de mise en scène dans le passage entre la version jouée en 2017, qui plaçait les comédiens parmi le public, et celle-ci, frontale.

Un grand MERCI à toutes trois pour leur disponibilité et la qualité de leur intervention.

Le retour des jeunes…

Sur la scène de l’Espace Cardin depuis le 13 mars 2018, le Théâtre de la Ville présente L’Etat de siège, pièce d’Albert Camus écrite à la fin de la seconde guerre mondiale quelques mois après son roman phare La Peste, et mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota.

En entrant dans la salle, c’est une ambiance festive qui nous accueille, le son d’une musique des années 20, du charleston. La pièce s’ouvre sur une scène au décor futuriste, les gens dansent, Gérard Maillet, le Curé nous souhaite la bienvenue tel un M.Loyal, avec joie et bonne humeur. Les personnages respirent la joie de vivre et ne sont pas préparés à la suite des évènements. Un grondement retentit, tel des avions de guerre, une sirène hurle et La peste apparaît. La peste et son acolyte La Mort, magnifiquement interprétés par Serge Maggiani et par Valérie Dashwood, prennent possession de la ville, instaurent leur dictature et changent de façon irréversible la vie de ces gens dans cette ville jusqu’alors tenue par le Gouverneur qui prônait l’immobilisme. La peur, la Terreur s’installe …
Dès lors, toute la suite de la pièce se déroule dans une ambiance plutôt sombre. Les décors sont sombres, les vêtements sont sombres, la salle est sombre. Les lumières sont brutales telles des flammes de l’enfer. De la fumée surgit des entrailles de la ville. Des scènes de violence susceptibles de choquer le spectateur par leur réalisme, comme dans la scène où Walter N’Guyen se fait « tabasser » par l’alcade, Jauris Casanova, en sont presque effrayantes. On ne peut que féliciter Catherine Nicolas pour son fabuleux travail sur le maquillage. Tout fait penser à un bunker ou à une ville ravagée par la guerre. La mise en scène a réussi avec brio le pari de rendre le texte visuel.
Se voulant volontairement négatif, Camus cependant nous donne une lueur d’espoir par l’intermédiaire du jeune couple Diego et Victoria, jeunes, exaltés,un peu trop parfois à mon goût, amoureux, prêts à mourir pour sauver leur amour. C’est cette résistance à la terreur qui sauvera la ville. La peste et la Mort s’enfuient.
Nul ne peut rester insensible en voyant cette pièce. Nous sommes happés par les sons, les musiques, la vision des images de violence. Dans cette pièce nous retrouvons les thèmes favoris de Camus : la peur, le pouvoir, le totalitarisme.
C’est pendant la guerre que cette pièce a été créée mais elle fut alors mal accueillie car vue comme un réquisitoire contre les Français qui avaient collaboré avec l’envahisseur allemand. Reprise il y a peu, son accueil et sa perception est d’un tout autre ordre en ces temps où montée des fanatismes et autres nationalismes font resurgir chez chacun la peur d’une nouvelle peste.

Ophéline N

L’état de siège d’Albert Camus dans une mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota est une pièce de théâtre grandiose qui m’a captivé du début à la fin. L’état de siège se passe dans une ville sous les apparences paisibles et qui soudain est plongée dans la terreur avec l’arrivée de la peste . Une histoire obscure jouée  par une magnifique bande d’acteurs !
La passion amoureuse entre le héros Diego et la très énergique Victoria m’a beaucoup touché. La musique sombre et la décoration très réaliste réussit à nous plonger dans cette atmosphère de peur que représente la peste .

En conclusion, un très beau spectacle , très touchant et divertissant . À voir absolument.

Elijah B.