La cantatrice chauve à l’Athénée jusqu’au 3 fév.

 Vu par Juliette HdeP

(C) Christian Berthelot

Texte Ionesco mes Jean-Luc Lagarce (reprise par François Berreur)

C’est pas par là, c’est par ici !

“Tout est logique. Comprendre, c’est justifier” plaidait très justement Eugène Ionesco. Et c’est ainsi qu’il a fait de son théâtre l’illustration vivante de sa maxime.

Parce que quiconque dirait qu’il comprend La cantatrice chauve serait un menteur, doublé d’un vantard. Il existe peu de pièces aussi incompréhensibles que celle-ci. Cela tombe sous le sens, cette pièce en est totalement dépourvue. Ce “non-sens” total est d’ailleurs revendiqué, comme le montrent les nombreuses références à Lewis Carroll et son nonsense si caractéristique.
La cantatrice chauve raconte la non-histoire de deux couples interchangeables. Les Martin sont invités chez les Smith (ou alors c’était l’inverse ?) pour un non-dîner. C’est là que les personnages se (re)découvrent, se (re)connaissent, débattent de si, quand quelqu’un sonne, c’est qu’il y a forcément quelqu’un, font un concours d’anecdotes, et reçoivent la visite du capitaine des pompiers à la recherche d’un feu à éteindre mais qui finit par allumer la bonne. Les dialogues fusent, les idées se suivent sans aucune transition, les répliques rétorquent, et la langue s’envole et se défait. La cantatrice chauve est une pièce qui va dans tous les sens sans en avoir aucun.
Dans cette pièce où les personnages se répondent sans s’entendre, le public admet sans comprendre. Cependant, si cette pièce est incompréhensible, elle n’en est pas moins cohérente. Cohérente parce qu’elle s’inscrit parfaitement dans l’absurde, ce mouvement théâtral qui voulait dévoiler au monde son absurdité, un monde marqué par l’absence totale de communication entre les êtres. Cohérente parce que non content de montrer comme le monde est grotesque, elle nous renvoie à notre propre absurdité et questionne notre rapport à la réalité : qui nous dit que la vraie vie, ce n’est pas des gens qui crient “cacatoès !” en faisant des grands mouvements de bras lors d’un dîner entre amis ?
Cohérente, la mise en scène l’est aussi. Signée Jean-Luc Lagarce (c’est pas rien), elle est aussi décousue que le texte : le temps y est représenté par une lune aux phases alambiquées, la lumière subit de multiples coupes lyriques, le décor même finit par tomber en morceaux.
Cohérente enfin, car Lagarce qui considérait que tout ce qui se passait sur scène était vrai, finit ainsi avec sa mise en scène de brouiller les frontières entre la fiction absurde et la réalité grotesque.

Mais quoi de plus surréaliste que cette représentation même, portée par les mêmes comédiens qui créèrent la pièce avec Jean-Luc Lagarce, il y a de ça 27 ans ? Ces comédiens, qui reviennent sur les planches livrer à un public déjà initié ou complètement débutant cette mise en scène en hommage à leur ami disparu et au théâtre de Ionesco. Ils le font d’ailleurs avec brio, et livrent un spectacle tout à fait juste, tout à fait exceptionnel et affreusement drôle.

Juliette est « Ancienne de DJL » (dans  ENVOL l’an dernier)… Son regard de spectatrice est précieux !

Pour voir des retours de jeunes de seconde (Tremplin 1) : http://jeunes-lettres.org/2017-2018/tremplin-1/la-cantatrice-chauve/

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