Ex : Les bonnes/Athénée

athenee2.gifvisuel-web-les-bonnes.jpg…Spectacle vu le samedi 4 février

Quelques photos du spectacle

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©Anne Dayan

La table ronde qui a suivi, dans la grande salle où Vanassay Khamphommala nous a rejoints, a été très intéressante : il a répondu avec clarté aux nombreuses questions suscitées par cette pièce et cette mise en scène qui ne pouvaient qu’étonner les jeunes (et les moins jeunes !), ses questionnements très pédagogiques les ont amenés à éclairer le texte et la mise en scène.
Grand merci à lui !

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Critiques des jeunes :
Mélanie (qui envoie cette critique dès le lendemain du spectacle !) :
Cette mise en scène des Bonnes était étonnante. Ce n’’est pas une pièce classique, en tout cas. Pour commencer, le prologue avec Vanasay Khamphommala, qui apparaît nu, vêtu uniquement de gants de vaisselle, et récitant un extrait de Comment jouer Les Bonnes était assez troublant.  Si le metteur en scène a choisi cela pour mettre en valeur ce que dit Genet y dit, j’ai trouvé que cela intrigue plus qu’’autre chose, et nous distrait des paroles du comédien.
Ici, pas de décors réalistes : un espace noir, un petit coin de cuisine, avec un évier, le monde réel des deux bonnes, au-dessus duquel plane un échafaudage tournant à trois étages où se trouve la chambre de Madame.  C’’était un choix original, qui permettait de jouer sur l’’opposition entre ces deux mondes.
Les costumes des trois personnages étaient très ressemblants : toutes les trois vêtues de robes noires, de longueur et de manches différentes, mais de même matière, de même couleur. Pour une fois, ces costumes signifiaient vraiment quelque chose : la similarité entre les trois femmes.
Parfois, une musique angoissante retentissait, donnant une dimension inquiétante à la pièce.
Enfin, les comédiennes étaient tout simplement magistrales.Hélène Alexandridis et Myrto Procopiou exprimaient avec un naturel saisissant la haine, l’’angoisse, l’’amour, la folie des deux bonnes, l’’une froide et désespérée, l’’autre enfantine et tragique.
Cette pièce, singulière et sordide, m’’a montré un genre de théâtre que je ne connaissais pas, et m’’a fait ressentir à la fois de la surprise et du plaisir.
Marguerite :
Je le dirai franchement, j ai été très surprise par la mise en scène de la pièce de théâtre Les Bonnes de Jean Genet que nous sommes allés voir le week-end dernier.
Nous sommes d’’emblée pris à la gorge avec le prologue. Il y a un homme totalement nu, sur scène avec des gants en plastique verts ! Que fait-il nu et pourquoi saute-t-il partout ? Avec les explications de l’’acteur que nous avons eues après la représentation, ces deux questions ont été partiellement résolues : que la nudité était à la base de tout et que ce personnage était polysémique, que nous le retrouverions dans les trois autres et cela bien sûr nous l’’avions compris,  que les gants étaient le signe des bonnes, mais malgré ces explications, je ne comprends toujours pas pourquoi cet homme était nu sur scène.
Ensuite le reste de la mise en scène est surprenant, mais ça ne veut pas pour le moins dire que je n’’ai pas aimé. L’idée de la mezzanine est très bien, je trouve, mais le fait de la tourner nous donne vraiment le tournis ! Peut-être est-ce l’’effet voulu, mais déjà que la pièce est compliquée, nous nous perdons vraiment, puisque nous perdons nos repères avec le décor.
Toutefois les trois actrices sont excellentes, celles qui jouent les deux bonnes contrôlent parfaitement leurs personnages et arrivent à nous montrer la folie qui peut prendre soudainement les deux travailleuses.
J’’ai bien aimé la mise en scène de la pièce, mais comme j’’ai trouvé l’’histoire très compliquée et dure à suivre, je me suis ennuyée. Mais cette pièce reste tout de même à voir.
Emma :
Au début de la pièce, j’étais complètement perdue, je ne comprenais vraiment rien à l’histoire ; heureusement j’ai réussi à comprendre vers la fin en y réfléchissant un peu, mais l’histoire m’est toujours un peu floue et je ne saurai décrire la pièce à quelqu’un d’autre . C’était de bons acteurs, la mise en scène était bien recherchée et le texte était beau et profond mais la pièce en elle-même ne m’a pas plu. Elle m’a paru plus longue que ce qu’elle était.
Fanny :
C’est une pièce qui m’a laissé un sentiment partagé.
En effet, les comédiennes sont absolument exceptionnelles; elles nous font passer du rire aux larmes en quelques secondes. Cependant, je n’ai pas trouvé que la scène de nu du début apportait quelque chose à l’histoire et n’a fait que nous surprendre et nous détourner des propos, pourtant importants du personnage.
Les costumes sont très sombres et le décor moderne souvent en mouvement n’apporte, selon moi, pas grand chose à cette pièce.
Les personnages des deux bonnes arrivent à nous tenir en haleine jusqu’au dernier moment, car on est dans  l’imminence de la catastrophe, pourtant celle-ci n’arrive pas comme le croyait, ce qui est un rebondissement tragique.
J’ai aimé la pièce en elle-même pour ses personnages, mais la mise en scène (décors, costumes) ne m’ont pas emballée.
Carina, une analyse très fine :
La pièce se passe dans une grande maison riche habitée par Madame et ses deux bonnes : Claire et Solange. Les Bonnes s’occupent de la maison mais lorsque Madame n’est pas là elles s’abandonnent à un jeu de rôle effrayant, où Claire devient Madame et Solange devient Claire. Pendant ce jeu, chacune délivre des sentiments très forts. Solange a le rôle de tuer Madame mais elle n’atteint jamais la fin de son action, elle est toujours prise par le temps. Ainsi, les deux sœurs se libèrent de cette vie qui les ennuie et les dégoûte. Malheureusement, elles finissent par mettre leurs rêves et leurs fantasmes à exécution. Elles écrivent une lettre pour dénoncer l’amant de Madame, Monsieur, et ainsi pouvoir la tuer plus aisément. Au moment le plus important de leur plan, elles échouent, elles vont être découvertes et leur folie finit par amener Claire à se tuer.
Au début de la pièce, un acteur apparaît sur scène, nu portant des gants en caoutchouc bleus et il dit le texte qu’a écrit Genet sur Les Bonnes intitulé Comment jouer Les Bonnes . Cette entrée est assez surprenante et cela m’a un peu dérangée au début parce que dans un premier temps je n’arrivais pas à me concentrer sur le texte, alors que je me rendais bien compte qu’il était important. Je me suis d’abord posé des questions comme « Pourquoi se présente-t-il nu ? Et pourquoi avec ces gants » et puis ensuite je me suis dit « Mais qu’a t-il à nous raconter ? » Alors je me suis mise à écouter attentivement. Finalement c’était émouvant de le voir là, il était tout frêle et le fait de se présenter à nu devant tous, au sens figuré et au sens propre, exprimait une grande fragilité très belle.
Ce spectacle est très riche en effets scéniques et j’aimerais tous les commenter mais cela me semble difficile.
Il y a plein de choses sur scène qui attirent notre attention et parfois on ne comprend pas le lien qu’il y a avec l’histoire, c’est l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai apprécié la table ronde après le spectacle, animé par un acteur qui avait aidé à la mise en scène. Il nous a expliqué le pourquoi des choses et elles ont fini par avoir un sens et un lien avec l’histoire. C’est devenu plus clair.
D’abord le décor était assez impressionnant et avait plusieurs niveaux : la scène, une plateforme surélevée ainsi qu’une autre un peu plus haute. Pour accéder aux plates formes il y avait des escaliers que les personnages utilisaient pour passer d’un endroit à un autre. J’ai remarqué qu’ils descendaient et remontaient à plusieurs reprises selon le déroulement de la pièce et qu’ils se retrouvaient toujours au point de départ, cela donnait une sensation d’infinité étrange et intrigante, un peu oppressante aussi.
Les plates formes en hauteur étaient entourées par des fils de fer comme les rings de boxe, cela m’a étonné et je pense que c’était peut-être pour montrer les conflits entre les personnages ainsi que leur conflit intérieur. J’ai beaucoup aimé que le décor soit sur des roulettes et puisse bouger en tournant cela donnait un bel effet. Il y a d’autres choses qui m’ont plu comme les confettis argentés qui tombaient à certains moments de la pièce ou les noirs qu’il y avait lorsque le décor bougeait, c’était très joli que les actrices changent de pose lorsque la lumière revenait, cela faisait un arrêt sur image très intéressant.
Le personnage ajouté à la pièce était très énigmatique. C’était un personnage muet qui déambulait sur scène et qui n’avait pas un rôle essentiel dans l’histoire, pourtant je trouve que sa présence l’était. C’était comme une ombre qui pouvait représenter le fantôme de Genet ou du personnage de Monsieur. Pendant la majorité du temps, il fume sur scène, Genet était un très grand fumeur, cela a peut-être un lien, en tous cas la propagation de la fumée sous la lumière des projecteurs donnait un effet très beau. Ce personnage déplace les objets des Bonnes à maintes reprises sur le plateau ce qui peut apporter des soupçons à Madame, il représente un peu la fatalité.
Dans l’interprétation, le trio que forment les personnages est très marqué. Visuellement, elles ont toutes les mêmes formes de perruque, par contre leurs vêtements sont différents.
Il m’a semblé qu’il se formait vraiment un triangle pendant la pièce où chacune perdait la tête à un moment où un autre et que finalement elles partageaient toutes les trois une grande souffrance.
Le personnage que j’ai eu du mal à apprécier c’est Madame, je la trouvais trop monstrueuse. Elle me faisait vraiment peur et surtout je trouvais qu’en la voyant comme cela, on pouvait comprendre les Bonnes et leur envie de la tuer, de ce fait la signification devient trop évidente, on perd des possibilités d’interprétation dans le désir de tuer.