Critiques/Epée de bois

Critiques théâtrales : programmation de l’’Épée de bois

Toutes les critiques ont été publiées sur notre page Facebook. Ici, figurent celles parmi les meilleures.

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ROSTAM ET SOHRAB , par la Cie du Lierre, texte et mise en scène de Farid Paya d’après le Livre des rois du poète persan Ferdowsi

Cette pièce est un très beau conte qui nous fait traverser les âges aux temps d’une Perse mythique. Le décor est simple car il s’’appuie sur l’’architecture du lieu (la salle en pierre), les costumes sont beaux, élaborés et raffinés,  évoquant une iconographie orientale. La beauté des effets de lumière, accompagnés des chants des acteurs et de la musique nous plongent dans une ambiance envoûtante, qui ancre notre attention dans le récit.
Ce qui m’’a particulièrement captivée c’’est la gestuelle des acteurs, elle est très rythmée et parfaitement synchronisée comme une chorégraphie. Les batailles entre les héros sont impressionnantes, elles se rapprochent des arts martiaux ou de la capoeira, on y croit et on frémit pour les personnages.
Néanmoins, je trouve qu’’il y a quelques longueurs et que certaines ellipses auraient été les bienvenues pour susciter davantage l’’imagination du spectateur et accentuer l’’aspect mystérieux du conte. Je trouve aussi que la construction du récit ne permet pas d’’introduire complètement la fin de l’’histoire, ce qui est dommage, parce que la magnifique symbolique de ce conte aurait un impact plus déterminant.
L’’interprétation de Vincent Bernard, dans le rôle de Sohrâb, me semble remarquable. Il parvient à nous transmettre l’’âme d’’enfant du personnage, qui n’’a en fait que 5 ans dans cette histoire. Sa naïveté et son empressement à découvrir les choses de la vie est d’’une grande tendresse.
Ceux qui aiment l’’univers des contes et ceux qui veulent le découvrir, allez voir ce spectacle.
Carina G.O.

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Le procès de Charlotte Corday, texte et mise en scène de Benoît Lebecq
Un décor dépouillé : une boîte en bois, une chaise en bois, dans une pièce tout en bois ; un éclairage sobre d’une couleur jaune tamisée, qui balaye la scène de temps à autres. Deux acteurs seulement. Une femme vêtue d’une robe blanche et d’une veste brune et un homme en pantalon noir, chemise blanche et veste verte. Ils font peu de mouvements : lui est souvent assis sur sa chaise  ou debout ; elle debout ou assise sur sa boîte en bois et elle virevolte de manière sporadique au gré de ses révoltes.
Et dans cette ambiance immobile, leurs deux voix qui s’élèvent les animent. Celle grave et profonde de l’homme, l’accusateur public, Fouquier-Tinville et celle, forte et passionnée de la femme, l’accusée, Charlotte Corday. Tous deux révoltés l’un par l’autre ; l’une à peine jugée et déjà condamnée et vaincue, l’autre triomphant, tonitruant, mais échouant à ne pouvoir faire reconnaître à Corday, comme il l’appelle, la faute fatale qu’il lui impute. On parle peu de Marat mais sa mort et son fantôme sont présents.
La Révolution et l’Ancien Régime, la Terreur et la Nostalgie. Cette confrontation, bien argumentée grâce à l’excellent texte de Benoît Lepecq nous est donnée à voir dans cette représentation d’un événement historique revenu à la vie par l’interprétation talentueuse et vigoureuse qu’en ont fait Jeanne-Marie Garcia et Franck Gervais, dans un ton juste et une parfaite diction. Avec, en fond, une musique de fifre , le bruit d’acier tranchant de la guillotine et les cris vengeurs du peuple à donner la chair de poule.
C’est un spectacle à ne pas manquer !!
Mathilde R.

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La controverse de Vallodolid, Adaptation et mise en scène de Antonio Diaz-Florian
J’ai été subjuguée devant l’impression de quasi-réalité de la pièce. D’emblée, avant même le commencement de cette œoeuvre théâtrale, nous nous immergeons en Espagne grâce à une superbe odeur d’encens qui rappelle le Siècle d’Or.
La mise en scène était magnifique et très originale. Nous assistons véritablement à un procès du XVIe siècle.
Il y a de magnifiques costumes, parfaitement réalistes, qui ne font qu’accentuer cette impression de vivre cette scène en direct.
Nous sommes ébranlés par le jeu des comédiens : sans aucun excès, le jeu des acteurs était époustouflant. Nous sommes transportés par les déclarations de Las Cassas, un homme empli d’humanité, et par le jeu de l’indienne, remarquable, qui m’a fait pleurer. Mais également par Alhazar de Santa Cruz qui représente bien les sentiments des spectateurs.
Elle est étonnamment moderne car hélas, de nos jours encore, nous assistons toujours à des discours comme ceux de Sepulveda. Et comme le dit si bien le metteur en scène lui-même : « Nous ne pouvons que le pardonner, car nous aussi, nous avons eu des préjugés, face à l’inconnu. »
Nous passons donc, au final, par une grande palette d’émotions. Et à la fin de cette pièce, sans aucune démesure, je peux dire que nous ne sommes plus la même personne.
Cette pièce nous montre une réalité que plusieurs personnes évitent : la réelle force des stéréotypes mais surtout l’extermination des minorités, de l’inconnu, et de la différence…
À voir, donc, absolument.
Lenda M.

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Les malheurs de Sophie,  texte et mise en scène de José Manuel Cano Lopez
Un spectacle tout en couleurs et rebondissements ! En effet, bien qu’‘il n’’y ait que quatre comédiens, Les Malheurs de Sophie nous surprennent toujours avec une nouvelle mimique, une nouvelle chanson. Tout est drôle, même grotesque.
Ainsi les acteurs symbolisent le monde de l’’enfance,  en portant des vêtements gais, colorés, étranges :un homme habillé en petite fille, une jupe orange avec des chaussettes à rayures bleues. Tantôt fillettes, tantôt adultes, ils jouent tous les rôles ensemble ou séparément. Et puis le langage est simple, mais il retranscrit des épisodes autant comiques que stupéfiants de la vie de Sophie.  Cependant, le plus impressionnant restent les voix ! Elles sont modulées jusqu’’à l’’extrême pour faire rire, peur, et parfois agacer autant qu’’un enfant le ferait. Et bien évidemment,  puisque c’’est aussi une comédie musicale, le public retrouve des chansons connues, et ri de ces versions parodiées. La mise en scène est simple, mais bien pensée, surtout la fin à la fois musicale et lumineuse.
Je conseille ce spectacle à des enfants que les grimaces des acteurs feront bien rire, ou, tout simplement, à des personnes nostalgiques des Malheurs de Sophie !
Carolina B.

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Cyrano de Bregerac, texte  d’Edmond Rostand, mise en scène d’Olivier Mellor
Mêlez à la fois un texte d’’époque plein de vers et de belles paroles et des costumes très contemporains, relevez le tout par une formation de 4 musiciens, mélangeant jazz et musique classique, qui vont harmoniser certaine’ scène’, vous obtenez la pièce magnifique qu’’est cette mise en scène de Cyrano de Bergerac.
C’’est une pièce en 4 actes avec un entracte d’’une dizaine de minutes. Les changements de décors se font à vue, mais il y a toujours de la musique pour porter votre attention sur autre chose.
Les comédiens sont excellents, surtout Jean-Jacques Rouvière dans le rôle de Cyrano qui arrive à nous faire ressentir toutes les émotions de cet homme tourmenté, aussi bien son amour dans la scène du balcon que sa moquerie dans la fameuse tirade des nez.
En bref, une mise en scène dynamique, des comédiens excellents et un lieu magnifique. Très bon Cyrano de Bergerac.
Tom S.

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Dialogues d’exilés, Texte de Bertold Brecht, Mise en scène d’olivier Mellor

S’il fallait trouver un autre titre à cette mise en scène de Dialogues d’exilés  de Brecht, ce serait sûrement « La surprise! ». Déjà, la surprise de voir débarquer sur scène six hommes en chemises blanches et pantalons multicolores pour parler de « Comment qu’il s’appelle, celui-là, déjà ?… Ah oui, Hitler ». Aussi, la surprise de traverser tout Paris pour aller voir une pièce connue comme plus ou moins sombre et qui commence avec… une chanson! Et ça, des chansons, il y en a du début à la fin, et elles sont juste… magnifiques.
En fait, qu’on soit totalement persuadé du genre de pièce qu’on va aller voir ou qu’on soit un expert sur  Berthold Brecht, personne ne peut s’imaginer à quel point cette mise en scène est enlevée, énergique, colorée… à l’inverse de l’angoisse inspirée par une situation politique désespérée.
Effectivement, il est assez rare, car très difficile, de mélanger humour, vivacité, musique et sérieux (oui, parce que les textes sont quand même très sombres)… mais ici, c’est réussi et ça marche. On rentre dans un univers complètement décalé, où des artistes/penseurs/exilés parlent du capitalisme comme s’ils parlaient du temps qu’il fait, en buvant des bières, assis sur des tonneaux.
Alors, peut être que cette pièce peut paraître un peu « à la bonne franquette » ou un peu décalée, mais elle inspire vraiment à la réflexion, tout en faisant pleurer de rire. On se prend même à chanter en œcoeur alors qu’on ne connait même pas les chansons, c’est fou! Bref, même si les dialogues sont un petit peu mécaniques, on en fait fi, et puis c’est subtil, intéressant et entraînant jusqu’à la fin… qui va sûrement vous surprendre aussi!
Eva D.