Ex : Hamlet/Jaurès/Lagarce

Hamlet William Shakespeare mes Daniel Mesguich

elseneur-songe-magnifique-hamlet-au-theatre-de-l-epee-de-bois-14793188 Image Hamlet 2       

Cette nouvelle version d’Hamlet, proposée par Daniel Mesguich et la Compagnie Miroir et Métaphore est d’une force rare.

Portée par la traduction audacieuse et anachronique de ce spécialiste de Shakespeare qu’est Daniel Mesguich et le dynamisme de la Compagnie Miroir et Métaphore, cette adaptation touche à l’essence même d’Hamlet, autrement dit du théâtre. Il réussit à jongler habilement avec les registres, les niveaux de langue, les mouvements et les effets visuels sur scène, tels de poétiques jeux de miroir à la fois à travers les lumières et les décors, et le tout avec un jeu des comédiens qui livrent une prestation impressionnante et méticuleusement chorégraphiée (jusqu’au salut final !).

Ces jeux de symétrie et de reflets créent un subtil écho aux multiples paradoxes, illusions et dédoublements évoqués dans la pièce et subliment l’aspect spectral du personnage d’Hamlet, incarné par un William Mesguich, à la fois déchaîné et très attachant, passant sans concession d’une lucide folie à la plus sombre mélancolie, d’une déclamation des plus lyriques à un ton de confidence complice.

Si un bémol est à relever néanmoins, c’est le jeu de Philippe Maymat (Claudius), que je trouve peu convaincant en imposteur régi-fratricide et incestueux. Mais, dans l’ensemble, la troupe dégage une énergie tellement stimulante qu’on en oublie cette quasi-impalpabilité.
Le travail du costumier Dominique Louis est par ailleurs admirable : en puisant dans la personnalité profonde de chacun des personnages pour créer leurs costumes, il s’affranchit de toute vraisemblance et se fond dans l’objectif du metteur en scène qui ne cherche ni à reproduire fidèlement un récit d’époque, ni, comme il le dit dans sa « note de mise en scène », à « profiter de telle ou telle résonance que le texte pourrait avoir à notre époque, et produire quelque mise en scène « analogique » »,mais simplement à exprimer cette intensité dramatique évidente dans Hamlet.

Un spectacle poignant autant que divertissant, à conseiller aux amoureux de Shakespeare aussi bien qu’à ceux désireux de s’initier à l’envoûtante magie de son univers (attention quand même, la pièce dure plus de trois heures…).

Laetitia V.

Jaurès ou la nécessité de combat, Rallumer tous les soleils, J. Pellissier mes Milena Vlach

Image Jaurès

À tous les intéressés de l’histoire politique de France, cette pièce est pour vous !
La pièce Jaurès ou la nécessité de combat, a été écrite par Jérome Pellissier. Elle raconte la construction de la République sociale par Jean Jaurès en passant par ses rencontres qui donnent lieu à de grandes amitiés et aux trahisons qu’il a subi (comme celle de Charles Péguy qui est passé de socialiste à nationaliste). Cette pièce nous plonge dans l’histoire politique de notre pays.
La mise en scène est très simple mais efficace. Des tables qui se démontent sont utilisées comme accessoires. La structure de la salle de représentation crée une proximité entre les spectateurs et les acteurs.
Les jeux de lumières nous transportent à l’Assemblée où Jaurès fait face aux députés en désaccord avec ses discours. L’ambiance sombre maintient une tension chez le spectateur.
Lors des discours, les cris des députés en colère se font entendre et les acteurs vont derrière les sièges des spectateurs pour jouer les rôles des députés. Les spectateurs se retrouvent mêlés à la pièce. Cela accentue la tension de la scène.
Avant même d’entrer dans la salle de représentation, un acteur nous arrête et fait mine d’essayer de nous vendre J’accuse, d’Emile Zola. Le spectacle commence avant même de s’asseoir. La pièce est rythmée par les annonces et les articles de journaux de l’époque.
Les acteurs jouent très bien. En particulier celui qui interprète le rôle de Jean Jaurès, sa barbe rend le personnage très réel.
Cette pièce de théâtre tient donc tous ses promesses du début à la fin en nous faisant traverser un moment d’histoire.

Amel B.

derniers-remords-mini JL Lagarce mes Serge Lipszyc

Derniers remords avant l’oubli, une pièce délicieusement complexe.

Cette pièce se passe un dimanche en province dans la maison que trois amis ont achetée, il y a longtemps.Pierre y vit seul à présent, tandis que les deux autres, Hélène et Paul, se sont mariés chacun de leur côté. Avec leurs nouveaux conjoints, ils s’y retrouvent afin de discuter de la vente de la maison. Des sentiments inattendus, inconfortables, ressortent…

Quand on entre dans la salle, des chaises sont installées partout dans la salle, dans les gradins mais aussi tout autour de la scène. Quand la pièce commence, les acteurs se lèvent,et se distinguent du public. Jusqu’à l’entrée en scène du dernier comédien, le spectateur ne sait pas qui est comédien parmi le public, et qui est spectateur.

Le décor est composé de trois tables en bois, comme des tables de pique-nique. Les lumières restent allumées pendant tout le spectacle. Cette rupture de l’illusion théâtrale crée un effet qui déstabilise le spectateur mais qui donne l’impression de se trouver en pleine action parmi les personnages, ce qui est agréable. Les comédiens sont vêtus normalement. Lorsqu’ils étaient assis parmi le public, on ne pouvait pas les distinguer.

Les comédiens sont remarquables, ils jouent de manière très juste le texte de Lagarce, voix particulière et pas toujours évidente à décrypter.

Julia C.