Vu du pont d’A.Miller / Odéon Berthier

aff_vudupont Vu le 15 octobre 2015

Mise en scène Ivo van Hove

Un premier spectacle qui marquera les jeunes : un dispositif scénique original, une scénographie magnifique où rien n’est gratuit, des comédiens qui habitent leur personnages avec une grande justesse, un texte très fort, vraie tragédie moderne. Bref, un spectacle magnifique, qui remue le spectateur !

Quelques temps avant d’entrer dans le théâtre :

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Une belle table ronde le 6 novembre avec Caroline Proust (Béatrice dans Vu du pont) qui s’est déroulée au lycée Balzac.

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Beaucoup de questions des jeunes et à chacune des réponses développées et très personnelles de Caroline Proust (C.P) dot le bonheur de jouer et le souci de transmission étaient très perceptibles.

Questions autour de la scénographie : pourquoi le « sang » à la fin? (C.P parle de l’idée que chacun doit s’en faire, mais évoque aussi l’indication du metteur en scène à Charles Berling de mourir comme un taureau abattu dans l’arène, de la nécessité pour chacun d’avoir ce temps de « pluie » pour revenir à la réalité après la tension extrême de la pièce).

Le décor épuré ? C.P développe beaucoup le travail voulu par Ivo van Hove sur la tragédie grecque, et la scénographie évoque un théâtre grec (gradins, espace fermé, une seule entrée, comédiens aux pieds nus); à la question d’une jeune, est développée également la perception d’une boîte (de Pandore ?) dans laquelle se débattent les hommes en cage (Ivo van Hove parle aussi de l’image d’une pierre soulevée sous laquelle grouille la vie d’insectes). Le regard des spectateurs plonge, comme s’ils voyaient « du pont » sur cette tragédie qui se joue, inexorablement, comme le dit le seul témoin, le juge Alfieri.

Le travail des comédiens ? Ils ont tous vu la spectacle, en janvier,  à Londres. Mise en scène et scénographie sont les mêmes, mais les comédiens français ont apporté leur couleur, leur sensibilité, leur voix; du coup, c’est un autre spectacle que nous avons découvert (dans une traduction de Daniel Loayza qui a travaillé au contact des comédiens : « grande chance et grande richesse » dit C.P).C.P n’a pas ensuite travaillé avec une captation du spectacle londonien, elle s’est peu à peu approprié le personnage de Béatrice dont « elle ignorait tout » et dit-elle, en découvre des facettes chaque soir.

C.P parle aussi de son travail de comédienne, dans ce spectacle et plus généralement, de la manière dont elle a vaincu le trac (avec la volonté de transmettre  son expérience aux jeunes).

MERCI BEAUCOUP pour cette rencontre d’une grande richesse et MERCI à l’Odéon qui l’a permise.

Des jeunes très attentifs

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Des critiques envoyées par :

Robin L.

La pièce d’Arthur MILLER est mise en scène par Ivo van HOVE. J’ai découvert cette salle que je n’avais jamais vue auparavant et j’ai été très étonné par la disposition des gradins qui formaient un demi-cercle autour de la scène.

L’histoire se déroule à New York dans les années 1950. Eddie Carbone d’origine italienne, avec son épouse Beatrice vivent avec leur nièce Catherine qu’ils ont recueillie après qu’elle soit devenue orpheline. Eddie Carbone a travaillé toute sa vie pour bien élever Catherine mais celui-ci ne se rend pas compte qu’il la surprotège et l’empêche de devenir une femme. Deux cousins de Beatrice, Marco et Rodolfo, fuyant la misère de leur région d’Italie, arrivent illégalement aux Etats-Unis et se réfugient chez Eddie.

Aucun décor n’est présent, c’est pourquoi cette pièce est particulièrement intéressante. Les acteurs arrivent à nous mettre en situation et à nous situer dans le décor. J’ai beaucoup apprécié cette technique car c’est à nous, spectateur de s’imaginer la pièce. Ce n’est pas très réaliste mais au fur et à mesure on s’habitue et on apprécie. Parlons des costumes ; les personnes portent les mêmes habits tout au long du spectacle. Leurs habits montrent la société dans les années 1950 à New York. Les couleurs sont variées. On comprend que les personnages ne vivent pas dans la richesse. En effet, leurs costumes montrent bien leur niveau de richesse, le père porte une salopette, la mère une robe usée, les deux cousins des vêtements trop grands ou trop petits. Cependant la nièce porte des vêtements modernes que l’on peut voir de nos jours. Catherine est vêtue d’une mini-jupe. Eddie fait même une remarque disant que c’était un peu court.

Lorsque les personnages sont en mouvement ou en train de dialoguer la lumière est focalisée sur eux. De même qu’une autre lumière les éclaire par le plafond. Mais ce projecteur est caché par un rideau ce qui donne un effet de lumière naturelle. Le sol est éclairé d’une lumière jaunâtre et par moment elle devient blanche. La fin m’a beaucoup surpris. En effet une couleur rouge sang accompagnée d’une pluie torrentielle a donné un effet de terreur et très étonnant. Je ne sais toujours pas comment ils ont procédé pour faire cette fin.

La musique n’est pas très présente. Néanmoins, après l’arrivé des deux cousins italiens, Marco et Rodolfo, la musique devient plus active. Ce dernier chante très bien et introduit la musique notamment le jazz. Un bruit rythmé et puissant apparaît pendant des moments calmes. Tous les personnages sont immobiles et muets pendant ces instants. Cela a pour but de faire réagir le spectateur et à donner un effet de suspense. Ce bruit est comme le battement d’un cœur. J’avais l’impression d’être dans la peau des personnages.

Les comédiens m’ont fait une très bonne impression. Durant tout le spectacle, chaque acteur a très bien joué. J’ai beaucoup aimé les moments de tension entre Rodolfo et Eddie. Rodolfo était mon personnage favori dans cette pièce de théâtre car il m’a fait rire.

J’ai bien aimé la fin avec ces couleurs impressionnantes et sous une pluie torrentielle. Malgré des moments qui me semblent sur-joués notamment au début du spectacle lorsque Catherine saute dans les bras de son oncle dès qu’elle le voit, j’ai aimé tout le spectacle que ce soit les costumes, la musique, les couleurs, la scénographie et bien sur les comédiens.

Un texte fort et une très belle mise en scène, à voir !

Nathan T.

 Vu du pont, une pièce émouvante aux ateliers Berthier

Vu du pont est une pièce écrite par Arthur Miller en 1955 et mise en scène par Ivo Van Hove (à l’Odéon-Théâtre de l’Europe Ateliers Berthier, Paris 17ème jusqu’au 21 novembre.

Voici l’histoire d’Eddie qui interdit à Catherine, sa nièce qu’il élève depuis la mort de ses parents, de se marier avec Rodolfo, l’un des deux clandestins cousins de sa femme, qu’il accueille. Fou de jalousie, il va dénoncer Rodolfo et son frère aux services de l’immigration et entrainer son entourage dans une grande tragédie.

La scène est un rectangle où le public est assis sur trois des côtés. La pièce se passe toujours au même endroit, le décor ne change pas et les personnages sont toujours habillés de la même façon.

La pièce est très bien jouée, donnant densité au drame : Eddie (Charles Berling) est obsédé par sa nièce Catherine (Pauline Chevillier), sous les yeux de son épouse aimante (Caroline Proust).

Vu du pont est un drame social qui m’a ému, racontant le cheminement d’un homme vers la bassesse et le sort des clandestins croyant à la promesse d’un avenir meilleur.

Vu du pont est une pièce à voir.

Callista D. (qui écrit une remarquable critique)

Un spectacle vivant inoubliable.

La pièce d’Arthur Miller est mise en scène par Ivo Van Hove avec sept acteurs aussi talentueux les uns que les autres. J’ai découvert cette salle et j’ai été impressionnée par sa construction très originale qui permet le rapprochement entre spectateurs et comédiens sur scène.

Vu du pont raconte l’histoire d’une famille modeste dans le New York prolétaire des années 1950, dans l’ombre du pont de Brooklyn. C’est un avocat italien nommé Alfieri qui ouvre l’histoire où Catherine, adoptée par son oncle Eddie Carbone (Charles Berling) et sa tante Béatrice (Caroline Proust), apprend à Eddie qu’elle va commencer à gagner sa vie comme sténodactylo débutante. Le soir-même, la famille reçoit les cousins immigrés clandestins de Béatrice, Marco et Rodolfo. Dès lors, tous les éléments du drame sont en place.

Dans cette pièce j’ai été marquée par la lumière. La scène et dressée comme un ring au milieu de tribunes, ce qui nous permet de remarquer le détail de la lumière qui rebondit sur le sol blanc et nous éblouit. La scène est tout d’abord plongée dans le noir, et très progressivement, la luminosité augmente. De la même manière que la lumière, Vu du Pont met du temps à démarrer, j’ai même eu du mal à bien comprendre les enjeux au départ. Pourtant, cette première partie permet de mieux savourer les scènes les plus intenses du second volet.

La grande réussite d’Ivo Van Hove est centrée sur l’ambiance étrange que nous retrouvons tout au long de la pièce. L’antagonisme entre Eddie et le couple Cathie/Rodolfo est amplifié par des coups récurrents de ce qui peut ressembler à un métronome. Celui‐ci est déclenché lorsque deux ou plusieurs personnages rentrent en conflit. Les mots dits nous pèsent, et, personnellement, ont créé en moi un sentiment d’inquiétude. Pauline Cheviller (Cathie), dans la splendeur de sa jeunesse, dégage une force étonnante pour crier son impuissance. La plus belle scène de cette pièce, pour moi, est le moment où Marco (Laurent Papot), l’aîné des deux frères immigrés, lève lentement une chaise d’un bras, devenant une réplique puissante mais muette. Cette action m’a fait penser à la statue de la liberté. Ce personnage qui est resté discret tout au long de la pièce va se révéler être le plus fort – malgré tout et malgré lui – en commettant le meurtre spectaculaire d’Eddie sous une douche de sang et de colère.

Un texte fort et une très belle mise en scène ! À voir absolument !