Deux spectacles vus à l’Épée de bois / Décembre

Andromaque affiche Mise en scène :Serge Lipszyc

Huit chaises disposées dans une salle plongée dans l’obscurité, où sont assis huit personnages qu’on a hâte d’identifier. C’est ainsi que commence le spectacle très réussi mis en scène à l’Épée de Bois, la troisième tragédie d’un dramaturge qu’on ne cesse d’admirer : Andromaque, de Racine.

La sobriété de la mise en scène étonne le spectateur, impression qui se transforme en fascination au cours de la pièce. La parole, prononcée face aux spectateurs, est accordée à chaque personnage à l’aide d’un carré de lumière qui s’illumine autour de lui. Le jeu excellent des comédiens nous transporte dans le monde d’une chaîne amoureuse à sens unique : Oreste, ambassadeur des grecs, aime Hermione, fiancée à Pyrrhus qui est amoureux de sa prisonnière, Andromaque. L’époux de celle-ci, Hector, vient d’être tué par Achille, le père de Pyrrhus, lors de la guerre de Troie. La vie de son fils Astyanax est entre les mains de Pyrrhus, qui doit le livrer aux grecs. Equilibre précaire qui est rompu tandis que la chaîne se disloque.

Cette mise en scène, simple et efficace, plonge les spectateurs dans l’univers de la tragédie classique tout en nous offrant une vision déchirante de l’amour maternel et de passions qui s’opposent. Spectacle très recommandé pour tous les amateurs du théâtre racinien. 

Laura Delhemmes

La pièce s’ouvre sur une scène vide, si ce n’est pour huit chaises, avec un verre d’eau posé à côté de chacune d’entre elles. Les comédiens ne se déplacent pas, seuls leurs visages montrent ce que les personnages ressentent, leurs voix retentissent dans la salle, laissant le spectateur deviner l’émotion pesante de la pièce. Un savant jeu de lumières met en valeur les acteurs qui jouent, tandis que les autres protagonistes restent dans l’ombre, nimbés d’une lumière faible rappelant le spectateur de leur présence. Aucune musique, aucun décor, l’audience est laissée seule devant le drame qui se déroule devant ses yeux.

J’ai énormément aimé cette pièce, grâce à la mise en scène, au jeu des acteurs, l’atmosphère : tout dans ce spectacle m’a plu !

Les acteurs jouaient tous merveilleusement bien (les personnages d’Andromaque et d’Oreste m’ont d’ailleurs beaucoup marqué), et faisaient parfaitement passer leurs sentiments malgré la restriction de mouvements. J’ai aussi remarqué dans le choix de la mise en scène que lorsque l’un des personnages meurt, la lumière qui les nimbait au cours de la pièce disparaissait. Ce détail m’a beaucoup intéressé, et cela m’a permis de ne pas oublier ces autres personnages. J’ai aussi apprécié l’atmosphère qui confère directement un aspect très sombre au spectacle.

Bien que certains aspects m’aient légèrement déplu, comme la lumière tamisée de la salle (en effet, il fallait vraiment suivre la pièce pour ne pas se mettre à somnoler et donc rater une partie de l’intrigue), j’ai un excellent souvenir de cette pièce et ne peux donc m’empêcher de la conseiller à quiconque aime les grandes œuvres de la littérature française. 

Elizabeth Férial

Nuit d'été afficheNuit d’été aux Andes … ou Dialogue avec mon dentiste 

De Susana Lastreto

Merveilleuse pièce.

Entre de petites chansons et intervalles musicaux, la princesse des Andes nous raconte sa vie d’exil en France avec son chat Espe. À travers ses anecdotes, elle nous pousse à la réflexion sur la xénophobie, l’exil, le clash des cultures tout en légèreté grâce au grain de folie et l’humour de la musicienne et de l’actrice.

Elles jouent sur nos préjugés, nos habitudes et les règles de notre société. Elles cassent les règles du théâtre, tout en en imposant de nouvelles, plus loufoques mais toutes aussi charmantes : faire place à l’imagination, en est la principale.

Je me suis très bien identifiée à la protagoniste, car comme elle, je suis bilingue et biculturelle. Elle a su expliquer la complexité d’avoir deux chez soi, de se chercher, de ne pas se trouver et de ne pas avoir de papiers.

Espérons qu’Esperanza le chat porte bon augure à cette pièce, qui est une vraie bouffée d’oxygène.

Ann Hudson

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