Trois spectacles vus à l’Epée de bois/Février

Knock Affiche Knock ou Le Triomphe de la médecine

De Jules Romains, mise en scène d’Olivier Mellor

Dès le début de la représentation, je me suis dit que la mise scène allait être belle et recherchée. Je ne me suis pas trompée car tout au long des trois actes de cette comédie de Jules Romains, je n’ai cessé d’être impressionnée par les décors et j’ai facilement pu me plonger dans l’intrigue de cette comédie, que je ne connaissais pas encore. Peut-être ce suspens est-il facilité par le fait qu’il n’y ait pas de limite bien nette entre la scène et le public.

En effet, longtemps avant que tous les spectateurs ne soient installés, le maire du village est déjà en train de jouer son rôle devant la scène et il me semble que toutes les entrées et sorties se font devant elle. L’ambiance est d’autant plus entrainante par les apports musicaux que j’ai bien aimé.

Ce qui est toujours beau, au théâtre de l’Épée de Bois, c’est qu’on découvre toujours de nouveaux instruments ! Est-ce une coïncidence ? Personnellement, je trouve que la musique permet de faire une petite pause durant lesquelles le spectateur a le temps de repenser à ce qu’il vient de voir pour pouvoir se concentrer sur les paroles qui vont être dites par la suite.

Ainsi, je ne me suis pas ennuyée une seule fois pendant ces deux heures trente. Au contraire, j’ai ri : Knock, le faux médecin commerçant et « embobineur », ainsi que ses patients ont réussi dans cette représentation à faire rire toute la salle. Les jeux de la femme du docteur Parpalaid et celui de son mécanicien m’ont également fortement amusée. J’ai aussi bien aimé l’ambiance des années 1970 surtout avec entre autre le minitel du docteur Knock.

Le metteur en scène Olivier Mellor veut-il faire allusion à la défaite de ses engins « modernes », tout comme l’est la médecine du docteur Knock ? Je n’ai cependant pas compris l’intérêt de faire de l’entrée des patients dans le cabinet médical un jeu d’auto-tamponneuse : ce n’est pas forcément nécessaire et crée plus des ruptures dans la pièce qu’un effet comique.

Au final, je suis quand même sortie de la salle bien divertie et avec l’esprit rempli d’une médecine tordue.

Mareva July-Wormit

Cendres sur..Affiches Cendres sur les mains

De Laurent Gaudé, mise en scène d’Anne Rousseau

Le jeu des acteurs est génial, l’ensemble de leurs mouvements ont un sens, autant la femme dans ses tics lors de ses monologues que les deux fossoyeurs qui ont un jeu proche des codes de la Commedia dell’Arte.

La pièce laisse le spectateur confus et plein de questionnement, on peut y voir une critique de la déshumanisation des morts durant la guerre.

« La morte » devient le souvenir des victimes en s’abandonnant elle-même et les deux fossoyeurs servent d’avatar à l’abrutissement du peuple lors d’une guerre derrière des idéaux extrêmes.

Le grotesque présent et pouvant amener à rire, fait ressentir de la culpabilité au spectateur pour avoir souri à un sujet aussi tragique.

C’est une très belle pièce dont on ressort plein de doutes et de questions sur la déshumanisation, la culpabilité… Mais il reste une sensation de malaise que j’ai du mal à définir, peut-être dûe au fait que cette pièce est intemporelle et pas si éloignée de la réalité.

Lucas Chausson

souvenir de Syrie Affiche Souvenirs de Syrie

Tremplin 2 – Critique d’Ann – Souvenirs de Syrie (au théâtre de l’Épée de Bois jusqu’au 23 février)

19 février 2014, 19:09

Souvenirs de Syrie

 De Valérie Jallais et Tiffany Mouquet, d’après les carnets de Jules Mouquet

Qui n’a jamais aimé passer des après-midis à écouter son grand-père et ses vieilles histoires de « pendant la guerre » ? Qui n’a jamais aimé retrouver d’anciens manuscrits, déchiffrer, et aller à la rencontre d’un passé? Car voilà de quoi parle Souvenirs de Syrie. Une jeune femme élabore tout un projet pour que l’histoire de son grand-père Julot soit entendue…

Sur un plateau télévisé un peu particulier, on y découvre l’histoire de Julot, mais aussi notre histoire commune, c’est-à-dire celle de la France coloniale. En effet, on retrouve les empires coloniaux, la présence militaire de la France en Syrie pendant les Années folles, et on retrace nos pas jusqu’à notre présent.

Le décor de journal télévisé nous met à l’aise, et on participe en chantant et en applaudissant avec les acteurs. Il y a une telle fibre entre eux et le public, que parfois on oublie que l’on est au merveilleux théâtre de l’Épée de Bois. On se sent chez soi et on a du mal à contenir son indignation, ou au contraire, à retenir de marquer son accord avec le présentateur.

Cette pièce m a grandement touchée. Peut-être que c’est parce qu’elle parlait d’histoire, une activité qui passionne ma famille de génération en génération. Mais peut-être que c’est tout simplement parce que ce projet vient du cœur, car ce ne sont que des histoires vraies, le tout couvert d’humour et d’autodérision.

Ann Hudson

 

 

 

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