EdeB 1 : Jaurès ou la nécessité du combat, Le choix (Décembre)

Programmation importante ce mois-ci : quatre spectacles vus et beaucoup aimés par les jeunes

EdeB 1 : Deux textes autour de grandes figures historiques et politiques, Jaurès et Jean Moulin

EdeB 2 : Deux grands dramaturges : B.Brecht et A.Tchékhov

jaures-cover61  Jaurès ou la nécessité du combat

De et par Jérôme Pellissier.
Un spectacle au caractère fort.
Milena Vlach met en scène Jaurès ou la nécessité du combat, rallumer tous les soleils, au théâtre de l’Épée de Bois. Le texte de Jerôme Pellissier relate l’histoire de Jean Jaurès, comment il a combattu pour ses idéaux socialistes jusqu’à son assassinat peu avant le début de la Première Guerre mondiale. D’abord soutenue par Charles Peguy pour son engagement dans l’Affaire Dreyfus, Jean Jaurès est aidé par l’écrivain féministe Ève Jouard dans son journal L’Humanité. La tragédie de sa mort et l’éclat de la guerre laissent une journaliste nostalgique et un Gavroche blessé seuls à Paris.
Le metteur en scène réussit à reconstruire simplement mais efficacement l’atmosphère du Paris populaire et naïf tout en transmettant au public l’intensité et l’importance des discours.
Quelques petites tables noires polyvalentes, quelques chaises en bois. Des piles de journaux au devant de la scène sur lesquels s’assoit Gavroche. Le décor est simple mais laisse les murs et le sol en brique du théâtre à nu, montrant le pavé parisien où se déroule l’histoire. Des manteaux, des journaux, des boulettes de papiers s’éparpillent ici et là au fil de la pièce, occupant le grand espace qu’offre la salle. Le gamin joue des chansonnettes sur son accordéon et on reconnaît sa vivacité et son effronterie à ses yeux, à son ton, à sa démarche. Il commente les évènements mais prend aussi part à l’histoire. J’ai très apprécié tous les petits éléments de mises en scène comme le décor exploitant les murs du théâtre, mais aussi les titres de journaux scandés, qui nous plongent dans cette ambiance parisienne à l’aube de la Première Guerre mondiale.
À cette ambiance de Paris s’ajoute la force des idées de Jaurès et des socialistes. Toute l’intensité des discours est retranscrite dans le jeu d’Éric Wolfer qui aborde la barbe de Jaurès et qui gesticule tels les grands orateurs. Mais c’est essentiellement à l’œuvre de Jerôme Pellisier que la pièce doit sa puissance.
L’auteur du texte a conservé la force des discours originaux, les insérant parfois dans des dialogues. Mais même si, comme dans mon cas, vous ne comprenez pas toujours les enjeux politiques dont il est question, ne vous inquiétez pas. Les acteurs se tourneront vers vous et se stabiliseront, vous donnant le temps de souffler entre deux répliques vives et effrénées pendant que Gavroche apporte son commentaire éclaireur.
Tout est là pour nous faire rire, pour nous instruire et nous plonger dans l’atmosphère de Paris. Et pour pousser la réflexion plus loin, la troupe nous propose certains soirs un débat sur les idées défendues par Jaurès, sur la littérature engagée et sur d’autres points abordés dans la pièce. Je voulais y assister mais il fallait que je rentre chez moi (j’avais cours le lendemain à 8h). C’est de plus très dommage que de si bons acteurs n’aient joué que devant un si petit public.
À voir absolument !
Anita Dürr
Face à face avec l’Histoire… et l’actualité !
Assise à une table du restaurant du théâtre peu avant le spectacle, je lève les yeux et me retrouve nez à nez avec un jeune homme tout droit sorti du siècle dernier, brandissant un journal avec « J’accuse ! » écrit en grosses lettres. « Achetez l’Aurore ! Zola répond au président ! Achetez l’Aurore ! » crie-t-il.
Je retrouve plus tard ce jeune homme sur scène. C’est lui qui me conte l’histoire de Jean Jaurès. Entouré de ses journaux et de son accordéon qu’il utilise de temps en temps pour chanter des chansons populaires, il m’introduit à ce personnage fascinant qu’est Jean Jaurès. Il me parle de son combat. Et l’Histoire se dessine devant moi. Je retrouve Jaurès, leader du parti socialiste, défenseur de Dreyfus et des ouvriers, pacifiste convaincu. J’entends ses discours (il prononce sur scène les articles qu’ils n’ont pas inventés mais retranscrits) contre les détournements de fonds parlementaires et pour la décolonisation du Maroc afin d’éviter la guerre avec l’Allemagne. J’assiste au combat de cet homme pour l’égalité et l’humanité. Je le vois se faire huer à l’Assemblée, se faire humilier, menacer de mort et accuser d’être un « traître à la patrie ».
Je suis placée au cœur de cette histoire par ce jeune homme, que les autres personnages appellent Gavroche, qui interagit beaucoup avec le public ; ainsi que par Jaurès, à un moment où, faisant un discours à l’Assemblée, il se tourne vers le public et s’adresse à lui afin de l’impliquer dans son discours pour l’humanité. Cette puissance apportée à la pièce par le personnage extraordinaire qu’est Jaurès et par la cause qu’il défend, est étayée par une mise en scène intelligente et rythmée, un jeu d’acteurs d’une justesse irréprochable, des moments de rires apportés par Gavroche et ses chansons de rue qui nous donnent aussi la vision du peuple sur les évènements. Seul bémol : un début que je trouve un peu confus.
Je passe de la tristesse au rire, du rire à la colère, de la colère à la détermination, et de la détermination à la fascination. Je me retrouve confrontée à l’Histoire du siècle dernier, qui me rappelle malheureusement trop le contexte actuel.
Et il m’apparaît, comme une évidence, la nécessité du combat.
À voir donc absolument !
Juliette de Pierrebourg

couv_le-choix-copie Le choix

D’après Premier combat de Jean Moulin Mise en scène Jean-Paul Zennacker
J’ai beaucoup aimé cette pièce, à la mise en scène simple, même austère, sans décor où un acteur seul nous tient en haleine presque hypnotique. Nous ne faisons plus attention à la simplicité du décor et à la lumière tamisée, seul compte le texte. Le metteur en scène en est également l’acteur principal. Jean-Paul Zennacker, à la voix puissante et parfois d’une mélancolie troublante, met en scène le texte de Jean Moulin en nous le faisant vivre, tout en y apportant une petite touche personnalisée, une force et une émotion lourde. Ce texte puissant, le récit d’un personnage important de la résistance, Jean Moulin, déroule l’horrifiante souffrance de cet idéaliste qui réalise que la France renonce à se battre pour sa liberté aux premières heures de la seconde guerre mondiale, une souffrance morale intolérable, plus intolérable pour cet être que la souffrance physique qui lui sera infligée, qui le pousse au suicide à la fin, pour ne pas trahir ses convictions et son être. Nous pouvons dire que Jean Moulin est et un grand homme de la résistance qui en ressort comme héroïque. Nous sommes d’ailleurs plus touchés par ce texte compte tenu d’une actualité déchirante qui rassemble notre pays autour de nos valeurs et de notre liberté. C’est une découverte d’un pan de notre histoire, mais surtout de la dignité et de la grandeur d’un homme face à l’adversité. A VOIR DE TOUTE URGENCE !
Alexandra Sauzay
J’ai beaucoup aimé cette pièce, car premièrement, cela m’a permis d’en savoir plus sur un grand homme de la Résistance, Jean Moulin, qui au moment où tous, y compris les soldats, sur ordre de leurs chefs, choisissent de fuir, décide de rester pour continuer à lutter. De plus, le comédien Jean-Paul Zennacker, qui narre l’histoire du point de vue de Jean Moulin, met particulièrement le ton, et donne véritablement vie au texte, à tel point que l’on se croit avec lui en 1940 ! Pour donner un exemple, il interprète à certains moments différents personnages de manière formidable : il devient tour à tour un boulanger collabo ou un officier allemand, ce qui m’a fait froid dans le dos par son réalisme !
C’est donc une formidable pièce saisissante de par son réalisme, qui nous ramène dans une période troublée, et qui nous met dans la peau de Jean Moulin, afin de nous rendre compte du prix de la liberté, et du prix qu’ont payé ceux qui se sont battus pour que nous l’ayons.
À voir d’urgence !
Ilian Sauviat