Edeb 3 : PLATONOV (Décembre)

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Texte d’Anton Tchekhov, mise en scène par Nikson Pitaqaj.
Deux de nos jeunes critiques ont vu ce spectacle qu’elles ont beaucoup aimé
Musique, mouvement et couleur : une ambiance incroyable !
Platonov a été la première pièce de Tchekhov, écrite alors qu’il n’avait que 18 ans. Plusieurs représentations ont été réalisées mais probablement aucune n’aura été aussi vivante que celle de la Compagnie Libre d’Esprit. Ce qui rend particulièrement intéressante cette pièce est le fait que Nikson Pitaqaj, le metteur en scène, ait choisi de se concentrer surtout sur les relations amoureuses des protagonistes, et cela dès les premières minutes lorsque cette bande d’amis se retrouve.
Avant même que les spectateurs n’entrent dans la salle, la pièce a déjà commencé : Platonov est sur scène et les comédiens attendent seulement que le public ait fini de s’installer. De plus, la vitesse avec laquelle cette pièce se métamorphose est remarquable, en effet le metteur en scène restreint la durée de la pièce, qui passe de 4 heures à seulement 1 heure et 50 minutes. Cela permet une vie mouvementée de la pièce et rend possible une évolution en accélérée des personnages : Anna Pétrovna, Sacha Ivanovna, Sophie Egorovna et Marie Efimovna n’arrêtent jamais de changer jusqu’à la fin.
La première chose que l’on remarque ce sont les costumes : presque tous les personnages portent quelque chose en cuir, matière qui représente la brutalité qui les anime, et de rouge, couleur très vive et qui s’oppose au noir du cuir. Les maquillages ne sont pas très visibles, plutôt neutres, afin que l’on puisse bien voir les fortes expressions des comédiens.
Tout au long de la représentation, au moins un personnage est en train de danser sur la musique qui est jouée en arrière-fond, et que l’on entend à peine lorsque les comédiens parlent. Qu’ils soient ivres, désespérés, joyeux ou tristes, tous dansent. Platonov dansera même après que Sofia lui tire dessus, et donc jusqu’au dernier instant de sa vie.
Cette pièce pleine de vie est hors du temps puisque Nikson Pitaqaj ne donne aucun repère de lieu ou de date, et c’est exactement de cette façon que le spectateur se sent lorsqu’il sort de la salle, en plus d’être ravivé par le mouvement et la musique qui y prennent place !
Assma Arrobi
Une mise en scène vive, forte et réussie !
Cette pièce fait le portrait de Mikhaïl Vassilievitch Platonov, qui est invité avec d’autres amis comme tous les étés, dans une riche demeure appartenant à la veuve d’un général, Anna Petrovna. Platonov est un personnage toujours placé au centre de l’attention, qui aime fêter et charmer tout son entourage avec ses réflexions philosophiques. Au cours de l’intrigue, son vrai visage est peu à peu dévoilé : il est en réalité un manipulateur névrosé, paradoxal et irraisonnable. Au lieu de passer un bon moment – arrosé – entre amis, Platonov détruit chacun des personnages l’un après l’autre sans vraiment le vouloir, si bien qu’à la fin de la pièce tous sont tombés dans le désespoir.
Dès l’entrée dans la salle, le spectateur est face aux personnages, qui attendent l’arrivée de Platonov. Tout de suite, il tombe sous l’emprise de l’atmosphère forte et par moment oppressante de la pièce. Les lumières rouges puis bleues rendent la scène assez sombre et triste. La musique sur laquelle dansent les personnages joyeusement, paraît aussi devenir plus mélancolique alors que les invités sont de plus en plus ivres et tristes.
À aucun moment la scène n’est complètement vide : des personnages sont toujours présents, ce qui rend la force des phrases de Tchekhov parfois éprouvante et fatigante pour le spectateur. Mais cette mise en scène est d’autant plus réussie par ces éléments que par le jeu des comédiens, puisqu’ils transmettent tous merveilleusement bien l’ambiguïté, la confusion et le malaise que provoquent les réflexions de Tchekhov. Les comédiens et surtout Henri Vatin (Platonov) sont extraordinaires. Ils donnent l’impression d’incarner complètement leurs personnages en véhiculant leurs sentiments par des expressions fortes (rires et cris). Dans l’ensemble cette mise en scène est donc pour moi réussie !
Amateurs de Tchekhov, rendez-vous à l’Épée de Bois!
Mathilde Marest