EdeB : Von Jung ou le double d’Edgar Poe (Janvier)

Von-Jung-le-double-d-edgar-poe-benoit-lepecq Texte et mise en scène Benoit Lepecq    Avec ThomasPouget

2 jeunes ont vu ce spectacle et le défendent, l’ayant aimé.

Entre subtilités et envoutements.

C’est en s’inspirant de la nouvelle Mystification d’Edgar Allan Poe et de la vie de l’écrivain américain que Benoit Lepecq donna naissance au monologue de Von Jung.

Au fil du récit de ce personnage singulier on reconstitue les morceaux de son histoire. Car c’est en réponse à une provocation de Herr Hans Herman que l’étudiant Von Jung entonne une longue tirade, l’entrainant sur un terrain maîtrisé avec finesse et subtilités : la littérature.

Thomas Pouget est pour cela seul sur scène. Les murs en bois moulés de la salle suffisent pour de voir comment le comédien a réussi à me transporter dans ses aventures, me faisant rire malgré l’ironie lugubre de la situation, ou frissonner devant l’imagination d’un crâne calciné. Son jeu d’acteur est sans reproche. Il saisit la subtilité de certains passages à la perfection et l’intègre tout naturellement à son discours, sans que son travail de comédien ne transparaisse. Rythmées par des pauses de réflexion, permettant au personnage de boire un verre de vin ou de souligner ses propos, les paroles de Von Jung se déversent sur nous comme une mélodie mystérieuse. L’étudiant du XIXème siècle dévoile ses sentiments et ses intentions alimentées par un désir de vengeance tout en restant dans la courtoise finesse. C’est des paroles choisies avec élégance qui donnent à la pièce une dimension mystique et envoutante. Aidé de quelques accessoires et de bandes sonores, Benoit Lepecq permet au comédien de recréer des ambiances, d’incarner son personnage et de vivre son discours.

J’étais accompagnée de ma correspondante allemande qui, bien que n’ayant pas compris la langue trop subtile pour elle, a trouvé la pièce très intéressante. Il n’est pas nécessaire de connaître la langue pour comprendre que la mise en scène était remarquablement bien arrangée. Elle a réussi à suivre l’histoire de la pièce et, comme moi, a ressenti de vives émotions grâce au jeu d’acteur.

Un spectacle à voir absolument !

Anita Dürr

La rencontre vibrante avec un poète dans toute l’étendue de son âme.
En 1825, le jeune baron de Von Jung est provoqué en duel par Herr Hans Hermann, un de ses camarades à la fois extrêmement riche, et répugnant aux yeux de Von Jung par sa fatuité et la vulgarité de ses manières. Celui-ci entame en son absence une joute verbale aussi efficace qu’un duel par l’épée.
Seul dans une pièce éclairée par des projecteurs et une lucarne bleue, Thomas Pouget réussit avec brio à capter notre attention tout au long de la pièce tant par son ton qui rend les phrases avec naturel, que par son appropriation de la salle avec ses gestes, ses grands pas, sa canne et même son ruban rose.
Le saut dans le temps est parfaitement maîtrisé, tout comme les aléas des humeurs de Von Jung, ou Edgar Poe — qui sait ? Les interventions de la voix d’Elizabeth Poe rythment la pièce, résonnent à tous les niveaux et font écho aux allusions de Von Jung, qui se relève dangereusement de verre de vin en verre de vin.
Étonnamment, l’obscurité devient apaisante et non angoissante comme elle peut souvent l’être, bien que remplie de fantasmes : ceux d’Edgar Poe, de sa mère, de sa cousine… car on suit le personnage dans sa lutte acharnée contre lui-même et contre les autres, Herr Hans Hermann le premier.
Un spectacle très beau et touchant avant tout, parce qu’il contient beaucoup de vérités et une part d’humour.
Isabelle Guerrero