Quatre spectacles vus à l’Epée de bois / Novembre

Spectacles vus en autonomie 

Novembre 2013

Le malade.. Le malade imaginaire de Molière, Adaptation et mise en scène: Antonio Diaz-Florian

La Troupe de l’Epée de Bois nous présente une très belle et originale interprétation du Malade Imaginaire de Molière. Sur la base du texte original de la pièce, les comédiens créent un effet de mise en abîme en se servant du texte pour faire avancer l’action.

Les comédiens montent sur une scène de bois clair plantée de piliers, faiblement éclairés et vêtus de noir. Se réveillant les uns après les autres, ils viennent entourer Argan, le vieil hypocondriaque, dans une mise en scène en apparence très sobre qui souligne le jeu éblouissant des comédiens.

Cris, rires, plaintes, la troupe nous fait traverser une large palette d’émotions et nous fait découvrir le monde de la médecine au temps de Molière, qui semble bien moins fiable et honnête qu’il n’y paraît. Les intrigues se nouent et se dénouent, les retournements de situations s’enchaînent et laissent le spectateur sous le charme.

C’est donc avec brio que la Troupe de l’Epée de Bois nous donne cette version passionnante d’un des chefs-d’œuvres de Molière et c’est sans doute une des pièces à absolument aller voir !

Flore Bonnal

L'avare L’avare de Molière /  Adaptation et mise en scène d’Antonio Diaz-Florian

Œuvre très connue du dramaturge Molière, L’Avare raconte la transformation d’un homme nommé Harpagon à travers de nombreux retournements de situation présents dans cette pièce. En effet, dès le début, il apparaît radin voire même égoïste et porte un amour incomparable à l’argent. Cet amour est d’ailleurs plus fort que celui de l’amour paternel puisque Harpagon souhaite unir son fils Cléante à une riche veuve et sa fille Élise au seigneur Anselme (homme fort âgé mais fort riche), malgré leurs désirs et sentiments.

Pour ma part, j’ai apprécié cette mise en scène d’Antonío Díaz-Florían. Tout d’abord, le décor simple mais abstrait est composé de planches de bois formant une sorte d’estrade sur scène avec des planches assez hautes qui délimitent l’espace, tout en laissant notre imagination représenter les différentes pièces du lieu. Cette disposition du décor colle donc bien avec l’idée recherchée : les acteurs réels jouent des acteurs fictifs qui eux interprètent les rôles de la pièce L’Avare. Pour renforcer cette idée, ils tiennent en main un livre et s’écrient de temps à autre « Acte 1! », « Acte 5 ! ».

Ce qui m’a vraiment plu est la disposition des lumières. Elles sont petites et nombreuses comme celles qu’on accroche à Noël ou à l’extérieur dans les jardins et créent une atmosphère de secret. En effet, ceci accompagne bien le fait que les enfants d’Harpagon cachent leur relation amoureuse et le vol qu’ils ont commis. Les lumières tamisées donnent également à l’audience l’impression de se replonger dans un passé : en effet, ceci nous laisse inconsciemment penser au temps où on utilisait le bois dans tous les domaines et où il n’y avait pas électricité. Il faut dire que cette ambiance est renforcée par la musique constante qui y a aussi contribué.

Ainsi, l’adaptation par L’Épée de Bois est réussie une fois encore.

 Aurelle Atangana

Une très jolie adaptation de L’Avare, une des œuvres les plus connues de Molière. J’ai trouvé la mise en scène d’Antonio Dias-Florian très réussie.

Au milieu de la Salle en Pierre, une sorte d’îlot tout en bois composé d’une estrade surélevée et de piliers verticaux, représentait la scène. On pouvait croire que cet espace représentait la demeure d’Harpagon mais aussi la salle de répétition d’une troupe. En effet, plusieurs indices nous le font comprendre. Les personnages ont dans leur mains le texte deL’Avare et le regarde souvent. Le personnage d’Harpagon est aussi représenté par le chef de la troupe de théâtre, donnant des indications entre les lignes de Molière comme l’annonciation des actes ou quel acteur devrait sortir de scène.

Le contraste entre une grande salle et un petit îlot donne une impression de secret. En effet, dans l’histoire, le personnage principal est un homme pour qui la possession d’argent a une grande importance. Il le gagne, le garde précieusement et secrètement l’enterre sans l’utiliser. Cette idée du secret est renforcée par une faible luminosité, due à la petite surface de l’estrade. Ce double-jeu rend le spectacle vivant et amusant. Les comédiens sont très doués du fait de gestuelles et d’intonations de voix qu’ils prennent, parfois exagérées, qui renforcent le sens que voulait transmettre Molière avec cette pièce : la satire d’un avare.

Smael Benabdelouhab qui interprète ici les personnages de La Flèche et d’Anselme, est un comédien que j’ai déjà vu précédemment dans la pièce Ainsi parlait Zarathoustra. La qualité de son jeu à le voir jongler avec ces deux personnages très différents m’a épaté. Il passe de La Flèche, le valet de Cléante, fils d’Harpagon, un être vif, amusant et rusé puis à Anselme, un homme riche, juste et calme. Le jeu de Antonio Diaz-Florian pour Harpagon était aussi très bon : il incarne un personnage âgé et usé par la vie mais sa recherche dans sa quête pour posséder toujours plus d’argent, le rend égoïste et méfiant.

Merci beaucoup pour cette belle pièce. Je vous la conseille !

Tonia Mittelstaed

Assassines  D’Agota Kristof, Gilles Granouillet, Carole Fréchette / Mise en scène : Jeanne Marie Garcia

Assassines est un regroupement de trois histoires, ayant des auteurs différents, mais toutes sont sur le même thème : les femmes meurtrières. La pièce est séparée en trois tableaux, un pour chaque histoire, et par femme. Ceux-ci sont entrecoupés par des noirs, et des enregistrements de confessions de criminelles, vraisemblablement véridiques. La fiction et la réalité se rejoignent donc ici, apportant une dimension authentique à la pièce.

L’ambiance angoissante tout au long du spectacle est également drôle par moments, d’un humour plutôt noir. Les décors sont sobres, ainsi que les costumes. La salle petite et en bois contribue également à l’atmosphère sombre de la pièce. Celle-ci est essentiellement inquiétante par la folie qui lie les trois femmes, au cours du spectacle.

Le jeu des acteurs est criant de vérité, et je me suis faite happer par cette pièce. Même si je l’ai trouvée plutôt angoissante, elle m’a laissé une forte impression et porte à réflexion.

Bravo donc à la Compagnie Chat du Cheschire pour cette pièce intéressante et qui ne laisse pas indifférent !

Madeleine Hahn

Assassines, une pièce regroupant trois pièces écrites par Gilles Granouillet, Agota Kristof et Carole Fréchette, met en scène trois femmes commettant chacune un meurtre. La pièce s’ouvre sur une scène vide, dépourvue de décors, laissant ainsi le spectateur imaginer le quai de gare crasseux où la pièce est censée se dérouler.

L’excellent jeu des acteurs est indéniablement lié au succès de cette pièce, où se mêlent incertitude et surprise, où la limite entre le crime et la justice se livrent bataille : on peut penser au troisième meurtre, où une femme tue son mari pour tenter d’échapper à son triste destin.

Le manque de décors, les dialogues au sens parfois incertain, l’ambiance générale de la pièce sont les éléments m’ayant déplu. J’ai en revanche particulièrement apprécié le jeu parfait des acteurs, la surprise que j’ai ressentie aux événements s’enchaînant rapidement, l’anticipation à l’approche du meurtre, et même l’horreur ressentie au moment du crime.

Assassines est donc une pièce provoquant des sentiments ambigus,qui sera appréciée par un public s’attendant à tout.

Elisabeth Férial

Le cabaret des filles Le cabaret des filles difficiles  Création collective – Auteure associée : Carole Prieur

Le Cabaret des filles difficiles, un titre qui laisse songeur, non ? À peine ai-je posé mes yeux sur le programme qu’ils scintillaient à la vue du titre (c’est un nom très évocateur). À sa simple vue, on a envie de se mettre dans une ambiance feutrée et de traîner du côté du grand Moulin lumineux. Mais finalement, cette pièce n’est en rien un stéréotype du genre.

Préjugés remballés, nous entrons dans un univers qui paraît lointain mais qui nous amène à cette tendre année 2013. Cette création collective parle de la Femme, cet être mystérieux qui a du mal à se faire comprendre, apparemment. La pièce est un questionnement, ça vadrouille entre plusieurs scènes où on se demande : C’est quoi une Femme ? Comment en devient-on une ? Est-ce que ça s’arrête un jour ? Toutes ces q$interrogations dans la tête qui attendent leurs réponses. Ces scènes vacillent entre le comique et le tragique tout en balayant pleins de clichés du revers de la main.

Cette pièce est un gros questionnement sur la Femme, certes, mais il inclut l’Homme aussi. Entre satire des magasines de mode, et leur visions de la Femme hyper consommatrice ayant pour but le mirage de la beauté éternelle, et l’inversement des rôles, où un gang de femmes harcèle un homme seul et désemparé face à la violence de leur propos, l’exposition du rapport homme-femme est authentique. Authentique surtout parce qu’il est optimiste ! Après tout, on s’aime, alors pratiquons le je-m’en-foutisme et « cueillons les roses, roses, roses de la vie » comme dit Queneau.

Ainsi, Mesdames, Messieurs, au lieu d’aller dépenser deux sous cinquante pour acheter votre Vanity Fair/GQ abjecte, allez donc voir Le Cabaret de filles difficiles ensemble, c’est ça l’amour !

Ymène Djoudi

 

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