Le Chien, la nuit et le couteau au théâtre du Monfort jusqu’au 19 janvier

texte de Marius Von Mayenburg, mise en scène par Louis Arene

 

Vu par Paula B.

LE CHIEN, LA NUIT ET LE COUTEAU

Une performance remarquable.
Le Chien, la Nuit et le Couteau est une pièce écrite par Marius Von Mayenburg en 2008. Cette pièce, que j’ai vue le 15 janvier 2019 au théâtre du Monfort, a été mise en scène par Louis Arene. Elle a aussi été conçue par Louis Arene ainsi que Lionel Lingelser. Ce spectacle est présenté par la compagnie Munstrum Théâtre qui a été créée en 2012, par ces deux concepteurs. J’ai pu assister à la pièce dans la salle nommée « La Cabane ». Cette salle a été réaménagée pour permettre aux comédiens de jouer en bis-frontal.
Le spectacle débute avec un homme au sol. Celui-ci se réveille perdu, seul et ayant presque perdu la mémoire. Il ne se souvient que d’un détail : il a mangé des moules avant de sombrer. Il s’avère qu’il a atterri dans un monde angoissant où tous les habitants (qui ne sont pas nombreux) sont affamés et vont jusqu’à tuer des êtres humains pour se sustenter. Le héros doit se battre contre l’adversité qui le pousse à assassiner tous ceux qui veulent le manger.
La scène était au centre des spectateurs, ce fut un enjeu pour les comédiens, car ces derniers devaient montrer à tout l’auditoire les objets qu’ils tenaient, les détails sur leur corps… Cela ajoutait aussi une contrainte aux acteurs car ils ne pouvaient pas se cacher derrière leur coéquipier pour ensuite faire apparaître du sang ou du sable – tout devait être maîtrisé. De plus cela donnait une certaine proximité avec les spectateurs.
Les « effets spéciaux » étaient en partie très bien réalisés. On ne voyait presque jamais comment et quand ils réussissaient à faire jaillir du sang. Les seules fois où l’on pouvait distinguer d’où provenait le sang, c’était très visible et sans doute fait pour être vu.
La pièce était aussi parsemée de musique, cela ajoutait une autre matière de plus au spectacle. La musique était justifiée dans le déroulement de la pièce et ne cassait pas le rythme.
Il n’y avait que trois comédiens. François Praud qui jouait le héros et ne changeait pas de rôle. Lionel Lingelser et Sophie Botte qui jouaient chacun quatre rôles environ. L’enchaînement des personnages et de l’histoire se faisait très facilement. La rapidité de changement de rôle était vraiment étonnante. Le rôle du policier que jouait Lionel Lingelser était comique, cela permettait de relâcher la pression car la pièce était sombre et tragique.
Ce spectacle était prodigieux.

 

Vu par Telma B.

Un conte initiatique aux allures cauchemardesques.

Un certain Monsieur M. se réveille dans une ville qui lui est inconnue. Cette ville s’avère se trouver dans un monde sombre, un monde dans lequel règnent chien, loups et cannibales, comme sortis d’un cauchemar. Tout au long de cette nuit, plongé, dans une temporalité floue, le protagoniste va expérimenter au début et tout le long de son périple dans la nuit, le meurtre, puis l’amour, l’amitié, la prison, la souffrance physique et morale. Monsieur M. ne cesse d’essayer de comprendre l’univers horrifique qui l’entoure. Tous ceux qu’il rencontre sont affamés et essaient de le dévorer. Pour se défendre, il les poignarde tous, sauf une, celle qu’il aime et qui l’aime.

La disposition de la scène est bien particulière puisque le plateau est installé au milieu de la salle, tout en longueur. Le public se trouve de part et d’autre de cette longue et étroite scène. Le parti prix est osé et fonctionne très bien, il y a effectivement une proximité avec les acteurs assez rares dans des dispositifs plus classiques. Le décor est très simple, très épuré et contribue ainsi à l’atmosphère noire et horrifique de la pièce. Les trois comédiens portent des masques qui s’arrêtent au niveau de leur bouche. Le masque cache leurs cheveux, c’est comme s’ils avaient tous (femmes et hommes) le crâne rasé. L’utilisation du masque est intéressante, tous les personnages apparaissent de façon uniforme, ainsi, on oublie l’acteur pour se concentrer véritablement sur les personnages. Seulement trois acteurs sont présents sur scène : François Praud, le héros, Lionel Lingelser et Sophie Botte, qui eux, jouent plusieurs personnages et réussissent, avec dextérité à changer de rôle habilement et aisément.

Les effets spéciaux sont importants et bien maîtrisés. Puisque l’on assiste à plusieurs meurtres, souvent, du sang jaillit. À l’aide de lumières et de peinture noire, un acteur se transforme en loup…

Malgré son ton très sombre, son côté voyage initiatique dans un monde apocalyptique, le spectacle n’est pas glauque ou déprimant. Il y a beaucoup d’humour, qui, heureusement, vient dédramatiser la situation.

C’est donc un spectacle étonnant et brutal dont le côté horrifique est totalement maîtrisé. Cependant, l’intention de la pièce, les enjeux qui en ressortent restent assez flous. Que raconte profondément cette histoire, si ce n’est un cauchemar dans un univers cannibale, dystopique dans lequel il n’y a plus de règles, dans lequel tout n’est que sauvagerie et cruauté ? Le style est très bien maîtrisé, le fond est peut-être à clarifier.

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