Rhinocéros au 13ème art (Théâtre de la Ville) jusqu’au 8 février

 Vu par Paula B. et Cherita G.
© Jean-Louis Fernandez
Texte Eugène Ionesco mes Emmanuel Demarcy-Mota

Une représentation hors de commun, mêlant comédie et tragédie.

Dans Rhinocéros, les habitants connaissent un événement étrange : des rhinocéros sont dans la ville. La panique se répand. Bientôt nous comprendrons que les rhinocéros sont en fait des habitants s’étant transformés ; une épidémie parcourt la ville. Ionesco appartient au genre théâtral de l’absurde, qu’il utilise pour dénoncer l’absurdité de la guerre, l’hystérie collective, etc.
La pièce s’ouvre sur un prologue, avec Serge Maggiani qui joue le personnage de Bérenger, qui est tiré du roman d’Eugène Ionesco, Le solitaire. Cela met en relation l’œuvre de Ionesco et la pièce puisqu’elle aboutit sur l’isolement de Bérenger face aux rhinocéros.
Trois actes se succèdent durant la pièce, nous faisant part d’un premier tableau dans des bureaux. Ce tableau est remarquable. A chaque arrivée des rhinocéros des sons et une lumière jaune surviennent, mais dans ce tableau, le décor lui aussi change. Des plateformes se redressent et déstabilisent les personnages. Ce procédé montre le changement soudain de la situation des travailleurs mais apporte aussi des effets comiques puisque les personnages tentent de se retenir les uns, les autres. Au prologue et au début de l’acte III, les personnages sont à l’avant-scène, devant le rideau baissé. On assiste à un fort contraste entre l’obscurité entourant les personnages et une lumière blanche venant des côtés de la scène – cela permet de ne pas exposer à la lumière le rideau juste derrière les personnages, les isolant d’autant plus. Par ailleurs, tous les personnages ont un maquillage blanc sur leur peau, cela les rend blafard, ils paraissent même malades.
L’écriture de Ionesco est à la fois comique, absurde, révélatrice et surtout complexe. Les comédiens arrivent parfaitement à enchaîner les stichomythies et autre dialogues insensés. Lors des scènes collectives, notamment dans le premier acte qui se déroule sur la place du marché, les habitants assistent à la première apparition des rhinocéros, ce qui entraîne l’hystérie collective. Les personnages enchaînent alors des dialogues entrecoupés par d’autres dialogues, les voix se mêlent et se délient pour enfin faire apparaître des similitudes dans les répliques. Elles sont à la fois incompréhensibles et intelligibles. Le personnage Jean interprété par Hugues Quester dit “J’ai de la force parce que j’aime la force”, cette réplique est à la fois comique mais révèle aussi un fait ; le désir de puissance de certaines personnes – c’est parce qu’ils aiment quelque chose, qu’ils le deviennent

Rhinocéros est une pièce incroyable. Le texte est déjà admirable et l’interprétation des comédiens le valorise d’autant plus. Cette pièce est à voir absolument !
Paula B.

Une pièce brillante ! Subtile et Intemporelle.

C’est au théâtre hors les murs le 13eme Art à Place d’Italie, que nous retrouvons cet hiver l’adaptation de Rhinocéros d’E.Ionesco mise en scène par Emmanuel Démarqua-Mota, directeur du Théâtre de la Ville.
Le protagoniste Béranger qu’incarne Serge Maggiani, est un homme simple, un peu dépassé par les événements qui grâce ou à cause de son détachement, se voit peu à peu devenir le dernier homme à dire non parmi une population qui ne fait que suivre la vague. Cette pièce soulève une lourde problématique que nous nous posons encore aujourd’hui : dans une société où les régimes totalitaires contaminent et envahissent les populations tel des virus, comment résister ? qui sont ces résistants qui font la différence ? en sommes- nous un ?…
Dans son génie, Ionesco a pu dissimuler un message alarmant dans un style comique, parfois noir : c’est celui de l’absurde, qu’E. Demarcy-Mota a plus que respecté.
La troupe du Théâtre de la Ville qui avait déjà joué cette même pièce il y a 20 ans nous assure des fous rires à coup sûr, qui ne seraient rien sans la scénographie proposée par Yves Collet qui ne fait qu’amplifier le caractère humoristique de cette œuvre.
Le merveilleux travail qu’a fourni toute l’équipe ayant travaillé sur cette pièce est la garantie de plonger dans l’univers atypique  et inattendu d’Ionesco et d’y prendre goût.
Cherita G.

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