Ruy Blas au TGP jusqu’au 15 mars

 Vu par Telma B. Chaska W. et Luna D.V.
© Guy Delahaye
Texte Victor Hugo mes Yves Beaunesne

Un Ruy Blas moderne et touchant, à ne pas manquer !

La pièce commence avec une arrivée depuis le public d’un très jeune Ruy Blas (François Deblock), qui, en jean et sweat, enfile son manteau de laquais sur une scène épurée : un simple plateau incliné. Ainsi, cette entrée dans la pièce reflète d’emblée le parti pris d’Yves Beaunesne : une alternance et un équilibre parfait entre une modernité et une grande fraîcheur et un soin tout particulier à respecter les éléments traditionnels du drame romantique hugolien. Le décor minimaliste, très épuré et pourtant très fonctionnel est extrêmement efficace puisqu’il est intemporel et permet de donner une certaine universalité au propos de la pièce puisque l’on n’est pas figé dans la cour espagnole du XVIIe. Il participe à la modernité de la mise en scène et permet de laisser rayonner les personnages et leurs costumes d’époque, notamment la reine, majestueuse lorsqu’elle entre sur scène. Ces costumes nous ancrent au XVIIe siècle, ainsi, la pièce diffère de ce que l’on a l’habitude de voir souvent ces dernières années : des pièces classiques ultra modernisées et anachroniques tant dans les décors que les costumes. L’un des grands forts de cette mise en scène est le juste alliage entre la dimension comique, la dénonciation politique et le drame amoureux. On rit beaucoup, notamment lorsque Don César, interprété par Jean-Christophe Quenon est complètement saoul sur scène. La scène des ministres vient actualiser le propos de la pièce puisque Ruy Blas fait une dénonciation de la corruption du pouvoir politique, problématique éminemment contemporaine. François Deblock impressionne par sa force, son dynamisme et sa grande justesse, tant dans sa grande tirade politique que dans cette scène finale intense et magistrale. On ne peut parler de la pièce sans évoquer la musique, très présente, jouée en direct par une altiste, une violoncelliste, un chanteur d’opéra et par moment, par Jean-Christophe Quenon qui s’attelle au trombone. Au-delà d’accompagner les acteurs, la musique vient rythmer le spectacle puisque dans quelques scènes, les acteurs chantent également sur le plateau. On pense notamment à Marine Sylf dans le rôle de Casilda, qui fait une entrée fracassante avec sa voix si puissante. Les 2 heures ne se sentent pas passer grâce au jeu des acteurs, qui, extrêmement dynamiques, justes, poignants et drôles, nous ravissent dans l’univers d’Hugo.
Telma B.

Un Ruy Blas à couper le souffle au Théâtre Gérard Philippe.

Ruy Blas   raconte l’histoire du personnage éponyme, un valet épris de la Reine. Don Salluste de Bazan veut se venger de la Reine et propose à son laquais, Ruy Blas, de prétendre être César de Bazan, et l’utilise alors à son profit lorsque ce dernier accepte. De cette façon, il peut, bien que sous une autre identité, se rapprocher de la Reine. Cette dernière tombe aussi amoureuse de celui qu’elle croit être César de Bazan. Seulement, lorsque Ruy Blas révèle qui il est réellement, la jeune femme s’offense mais finit par lui pardonner en voyant que son amant vient de prendre du poison. La pièce se termine avec la mort du personnage principal dans les bras de la Reine, déchirée par la tristesse de voir celui qu’elle aime mourir.
Il n’y apas réellement de décor, sauf quelques éléments de temps à autre amenés par les comédiens. Grâce à un système de poulies, certaines pièces sortent de la scène et peuvent servir de banc ou alors de meuble où quelques accessoires. Les costumes sont d’époque et très beaux. Les comédiens jouent très bien, certains se baladent entre les spectateurs ce qui donne l’impression d’être immergé dans l’histoire. Certaines manières de jouer sont parfois assez modernes et ajoutent une dimension comique à la pièce. En ce qui concerne la musique, il y a quelques musiciens et les comédiens chantent aussi. Le résultat est très impressionnant. La pièce m’a beaucoup plu, je l’ai trouvée à la fois drôle et d’une réelle finesse qui amène le spectateur à être ému. Je tiens à mentionner tout particulièrement l’extrême justesse de la fin, jouée avec une émotion poignante, sans compter la musique qui rend la scène d’autant plus majestueuse : j’ai été conquise.

Je conseille cette merveilleuse pièce d’un de mes auteurs préférés, ne serait-ce que pour cette fin époustouflante.
Chaska W.

Une pièce pleine de dynamisme et de poésie.

Ruy Blas est originellement un jeune valet avant que, sous l’emprise de son maître Don Salluste, il soit transformé en Don César, en amant de la reine, un homme politique prestigieux. Cependant, il reste un pantin sous l’influence du manipulateur Don Salluste, malgré l’amour qu’il développe pour la reine.
Ce drame romantique de Victor Hugo est mis en scène par Yves Beaunesne. Celui-ci met en avant l’amour entre la reine et le valet, un amour masqué et impossible socialement. Une reine tombant amoureux d’un valet semble improbable, et la reine ne le sait point jusqu’à la fin de la pièce, une scène poignante entre les deux amants. Yves Beaunesne retranscrit cette histoire sur une scène nue aux tons marron, représentant une certaine douceur et sérénité. Un système de cubes est mis en place qui apparaissent et disparaissent, servant de siège pour les personnages. Ce décor minimaliste permet ainsi de mettre en avant le jeu dynamique et captivant des acteurs, mais laisse également le spectateur se laisser emporter par la musique envoûtante et mystique portée par des voix d’opéras, et rythmant les événements de la pièce. Nous savourons également un jeu de lumière important balançant entre les tons obscurs et une lumière rayonnante, notamment lors de la première apparition de la reine, jouée par Noémie Gantie ; un moment captivant et mémorable ! Celle-ci est vêtue dans une robe d’apparat empesée et roide, carcan dont elle se libère, sort de cette carapace. Elle à l’apparence d’une poupée, ne présente aucun sentiment mais seule sa présence est époustouflante. Elle est la figure de la jeune fille contrainte et prisonnière du pouvoir royal, elle est reine malgré elle. Dès lors que celle-ci enlève cette robe, tout son personnage change. Ses gestes, ses expressions deviennent presque puérils, frivoles et contrastent avec la noblesse perçue juste avant. Noémie Gantiet a un jeu auquel nous devons nous habituer mais elle réussit à nous convaincre avec merveille à la dernière scène de Ruy Blas.
Yves Beaunesne fait une belle mise en scène de la relation entre Don Salluste à l’allure glaçante, incarnant le vieux monde, avec Ruy Blas joué par François Deblock, incarnant le nouveau monde, la jeunesse voulant révolutionner les codes traditionnels sociétaux. Tous les deux sont liés à la reine, l’un  par la haine et l’autre par l’amour. Mais les réels porteurs de dynamismes et de comique dans la pièce sont les personnages secondaires, la soubrette de la reine d’Espagne, pleine de légèreté et de fraicheur et bien évidemment Don César, acteur dynamique, remarquable, captivant par ses apparences inattendues et surprenantes dans le public. Ses interventions ponctuent la pièce, provoquant inévitablement des rires résonnant dans toute la salle.
De plus, en tant qu’élève de terminale L, cette pièce est très en rapport avec notre programme de bac :  nous étudions Hernani de Victor Hugo, et nous retrouvons beaucoup de similarités dans Ruy Blas, notamment avec la fin, une fin tragique, avec la mort de l’amant, la rupture de l’amour et la présence d’un troisième personnage en second plan, le personnage incarnant la vieillesse. Ce conflit entre vieux et nouveau monde est présent dans ces deux pièces. Cependant, nous pouvons constater que Victor Hugo s’est complètement libéré dans Ruy Blas et n’a pas hésité à politiser cette pièce.

Une pièce pleine de vie et de lyrisme, captivante de part sa musique et le jeu remarquable des comédiens. A voir inévitablement !

Luna D.V.

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