Abnégation au Monfort jusqu’au 3 octobre

texte d’Alexandre Dal Farra et mise en scène par Guilaume Durieux

 

Vu par Cristian N.

Abnégation est la première pièce d’une trilogie. C’est un poème dramatique, une comédie trash et violente, noire et comique, tragique et moderne, un puzzle des forces obscures qui hante la société politique brésilienne d’aujourd’hui.
La pièce s’ouvre sur 2 personnages autour d’une grande table, dans l’arrière-salle d’une maison de campagne où peut être une exploitation agricole, on voit des arbres, des silos agricoles, un décor plutôt sombre et minimaliste comme les êtres vivants qui l’animent.
Les personnages discutent après une soirée arrosée pour trouver des solutions pour cacher « l’accident », comme spectateur on apprend jamais de quelle « affaire », de quel « accident » les personnages discutent, le metteur en scène nous oblige de cette manière à être des participants muets et sans pouvoir de cette comédie politique violente, la vraie politique s’est faite dans le silence et le mensonge.
Les 4 personnages masculins et Flavia, le seul personnage féminin exécutent une partition des mensonges, de corruption, un mélange des complots et d’intimidation, de sexe et de soumission, une mélodie qui accompagne le quotidien de ce parti politique dans ce coin du monde. Les discussions entre les personnages sont brutales, le ton monte, les injures et les menaces volent de tous les côtés, les personnages crient, hurlent, sont défoncés, sont silencieux et menaçants, entre tragique et comique, la vie, la vraie vie des coulisses d’un parti politique.
Les personnages discutent pour cacher l’accident aux électeurs et tout est bon pour la survie du parti, le sacrifice ultime d’une vie humaine pour la survie du parti, pas d’un idéal, pas d’une utopie, pas d’un rêve mais d’un système politique corrompu et monstrueux. Pour moi les personnages font le choix d’une aliénation collective.
Les acteurs sont magnifiques, ils jouent avec réalisme et sans artifice où émotion leur partition, un bémol pour Flavia, le personnage féminin qui m’a semblé parfois hors d’histoire, sa danse sur la table paraît à mes yeux un artifice inutile.
Le langage est brut et les mots sont grossiers et vulgaires, c’est choquant et amusant également, les personnages politiques sont des personnages comme les autres, entre soit on se montre en vérité.
L’abnégation est le sacrifice volontaire de soi-même, dans cette pièce on comprend que chaque personnage choisit de faire sacrifice de soi-même pour le bien du parti, un sacrifice réel pour le personnage qui se donne la mort, un sacrifice invisible mais tout aussi vital pour les autres personnages, le sacrifice de cette partie de lumière, de ce soi profond où naît l’espoir et le bien.
J’ai regardé la pièce avec curiosité, les acteurs m’ont émerveillé par leur jeu, le décor est intrigant et essentiel à la compréhension du texte, la mise en scène est discrète et compétente. Cependant on peut difficilement suivre l’histoire sans une petite leçon d’histoire politique brésilienne d’aujourd’hui, les recherches après avoir visionné la pièce sont nécessaires.
Un tableau noir des désastres qui peuvent engendrer les mensonges politiques sur la nature humaine, une plaidoirie de plus pour la sauvegarde de notre âme, cela me semble être le message d’Alexandre Dal Farra.
Des magnifiques acteurs, une partition noire, difficile, une mélodie, une danse, une chute dans les ténèbres, un cri contre ces forces obscures que certains d’entre nous acceptent de servir, cette pièce est à voir.

 

Vu par Melisande C.

Abnégation spectacle énigmatique, satire d’une société corrompue.
Abnégation est l’histoire d’un parti politique corrompu affrontant une erreur sans précèdent qui se transforme en catastrophe, dont on ignore la véritable nature. Les cinq personnages de la pièce sont réunis dans un « bureau » et cherchent des solutions à leurs problèmes. À travers leurs dialogues, nous découvrons, comme pour un puzzle, pièce par pièce ce qui se trame.
La mise en scène souligne efficacement la grande confusion de cette situation grâce à des jeux de lumières et de son.
La mise en scène de cette pièce est, je trouve, à la fois simple mais travaillée. Les changements de lumières brusques, de lumière d’ensemble tamisé à lumière sombre et coloré (rouge, bleu) montrent bien la crise que traverse chaque personnage, à sa mesure. Les éléments du décor (ex : tourne-disque, albums vinyle, lampes) permettent de situer l’histoire dans les années 60/70, ce qui rend la pièce et l’intrigue plus réel, lui donnant un aspect historique. Le jeu de comédiens est aussi très spontané et rend le spectacle malgré son sujet dur et lourd, un peu plus léger.
Un spectacle intriguant et réaliste, à voir.

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