Florilège de critiques

Les jeunes de TREMPLIN 1 sont invités à écrire 2 critiques dans l’année parmi les spectacles vus. Ce travail est en plus de la rédaction du journal de bord, il constitue une initiation à ce qui leur sera demandé s’ils poursuivent TREMPLIN 2 puis ENVOL. Ci-dessous, choix d’une critique parmi toutes celles envoyées pour chacune des pièces vues.

 

Un grand jeu de folie pour ce fourbe de Scapin qui en fera chavirer plus d’un !

Les fourberies de Scapin de Molière fut présentée pour la première fois le 24 mai 1671 au théâtre du Palais-Royal. Elle a été remise en scène par Denis Podalydès avec une scénographie d’Eric Ruf et se jouera du 09 octobre 2019 au 02 février 2020 à la Comédie Française.
Cette pièce raconte les mésaventures des membres de deux familles bourgeoises, notamment d’Argante, père d’Octave et de Zebinette et de Géronte, père de Léandre et de Hyacinthe. Argante qui rentre de voyage vient annoncer à son fils qu’il doit se marier. Mais pendant son absence Octave a épousé une jeune fille, Hyacinte sans son accord. Par ailleurs, Léandre ami d’Octave se trouve dans une situation comparable. En effet, lui-même aime une jeune Bohémienne, Zerbinette (la soeur d’Octave) sans y être autorisé par son père. Pour résoudre ces problèmes il n’y a qu’une seule solution, appeler Scapin à la rescousse et compter sur ses tours de passe-passe pour démêler les situations.
Le début de la pièce est sombre. En effet, Scapin (joué par Benjamin Lavernhe) est dans l’ombre au début de la première scène, avec une faible luminosité des projecteurs dès l’ouverture de la trappe qui est son refuge. La scène n’est jamais éclairée violemment ce qui lui donne un aspect de tableau à l’huile du 17ème siècle. Dans cette représentation, le public est très impliqué. Pour faire cela, le réalisateur a voulu casser le 4ème mur entre le public et la scène en positionnant Scapin vers le public, à qui il parle directement et en invitant des personnes sur scène. Il renouvelle l’expérience pendant que Géronte reçoit des coups de bâtons, caché dans un sac tenu par une grue au-dessus des spectateurs. La lumière des projecteurs suit le sac et illumine une partie des personnes dans la salle, ce qui rend la scène très vivante et fait participer le public.
Denis Podalydès a réalisé un pari très osé en représentant Scapin nu au tout début de la pièce, ce qui pourra peut-être choquer des spectateurs ! En faisant cela, il a probablement voulu exprimer une certaine liberté du personnage. J’ai particulièrement aimé les costumes des deux pères et des deux fils car le réalisateur a choisi de conserver le style des costumes de l’époque de Molière (beaux tissus, riches en couleurs). L’idée de mettre en décor un bateau et un port pour l’arrivée de Géronte est également originale.
Un ensemble distrayant et un Scapin comique et dynamique. ! À voir absolument !
Jeanne M.

 

Une pièce fantastique pleine d’émotions et de fantasme.

La nouvelle fantastique d’ E.Poe, La chute de la maison Usher, raconte l’histoire du narrateur qui est appelé par son ami Roderick Usher car lui et sa soeur sont malades mais cette maladie est plutôt une maladie folle et selon lui la maladie est produite par la maisons dans laquelle ils vivent qui est pourvue de sens. Peu de temps après l’arrivée du narrateur, Madeline meurt et son frère l’enterre dans un caveau provisoire, cependant il devient de plus en plus agité car il pense avoir enterré Madeline vivante. Dans une nuit tempétueuse sa sœur apparaît couverte de sang et de suaire. Elle s’écroule sur son frère qui ensuit tombe lui aussi de frayeur. Le narrateur bien effrayé, s’enfuit et découvre une énorme fissure dans la maison et qui provoque son l’écroulement.
La pièce La Chute de la Maison est une adaptation de la nouvelle par Samuel Achache et Jeanne Candel . Tout est bien dosé, harmonieusement équilibré, et petit à petit se construit un spectacle simple et singulier, très agréable, tout en petites touches.
Il y a comme une sorte de contraste dans la pièce car les décors sont très réalistes alors que la pièce est fantastique.
On retrouve en quelque sorte ici dans cette pièce la religion moquée à cause du prêtre nu à la fin et aussi à cause de la bonne sœur qui a une relation avec la prêtre.
Dans cette pièce chaque personnage a un instrument qui le définit et on peut même penser qu’ici la musique de chaque instrument complète l’âme de son maître.
Les comédiens ont une bonne énergie qui rend les personnages de la pièce vivants et réaliste dans la pièce qui est fantastique. Ils ont même une personnalité fixe en fonction de leur fonction dans la pièce et de l’instrument qu’ils jouent.

Une belle scénographie avec un décor simple mais à la fois avec beaucoup d’émotions ! A voir absolument !
Crina-Maria B.

 

Un Oncle Vania très écologique.
Oncle Vania , pièce d’Anton Tchekhov, mise en scène par StéphaneBraunschweig à l’Odéon, raconte le dérapage d’une famille et d’un médecin, on y parle d’ennui, de travail, de faussaire, et d’écologie…
Une grande salle avec le sol en bois, les murs en bois et une partie du plafond ouvert sur les étoiles, une petite piscine ronde en bois également, des arbres hauts, grands et fiers en fond qui, au dernier acte, seront à terre morts : le décor est planté. Il évolue lors des actes (sans ouverture sur l’extérieur dans les deux actes centraux, montrant ainsi l’enfermement des personnages) ainsi que les accessoires : deux chaises longues où l’oncle Vania se repose disparaissent pour laisser place à un piano fermé, jamais utilisé en tant qu’instrument de musique, le metteur en scène représentant ainsi la prison d’Elena et Sonia. La piscine et l’eau représentent aussi l’évolution dramatique : on s’y baigne tout d’abord, c’est le temps des vacances, on peut s’y rafraîchir ensuite (plusieurs personnages passent leur main dedans pour ensuite se mouiller le visage). Il est aussi utilisé comme outil pour laver une colère, puis le bassin est fermé et est installé sur lui un micro qui est utilisé par le professeur pour parler à tout le monde : c’est la fin des vacances, la reprise du travail au service, encore, du professeur.
Tout dans cette mise en scène concourt à traduire ce qui n’est pas dit : les costumes aux couleurs ternes : ennui et mal être ! Seule les robes et les tenues d’Elena, toujours volantes et ouvertes, la mettent en valeur. Les lumières sont chaudes dans les temps des vacances, froides dans le temps des tensions.
Et des comédiens exceptionnels habitent ces personnages !

Un grand moment de théâtre !
Lilou S.

 

La pièce de théâtre Rhinocéros de Ionesco mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota au théâtre de la Ville- 13ème art du 29 janvier au 8 février 2020, mérite d’être vue.
Les habitants d’une ville se transforment tous, petit à petit, en rhinocéros.
Tout d’abord, par la modernité de sa mise scène, Emmanuel Demarcy-Mota a voulu nous montrer une pièce engagée, en montrant l’ascendant que des hommes peuvent avoir sur des femmes. Cette envie de faire bouger les codes, mêlée à une touche humoristique fait du bien !
En effet, Rhinocéros veut montrer une société lourde, qui classe les gens en les rabaissant (les femmes, les alcooliques). Ionesco a voulu faire là, une pièce très forte, intemporelle et qui parle à tout le monde. Et E.Demarcy-Mota l’a bien compris. Tous les événements que notre société a endurés, rend la pièce encore plus forte :  dénonciation du communisme (tout comme George Orwell, dans La ferme des animaux), du nazisme avec la Shoah, mais aussi de l’archaïsme qui touche notre pays depuis maintenant un an, ainsi que le mouvement féministe  « me too ».
De plus, les sons et lumières renforcent la pensée dévastatrice de ces mouvements, en déstabilisant les spectateurs qui ne peuvent voir les rhinocéros mais pourtant, dont ils peuvent percevoir les dégâts qu’ils ont causés.
Dans cette pièce les comédiens comme Serge Maggiani, nous font énormément rire. De plus, E.Demarcy-Mota a choisi de nombreuses têtes d’affiche dans la pièce comme Valérie Dashwood, Hugues Quester ou encore Philipe Demarle nommé au Molière de la révélation théâtrale.

Je vous conseille donc cette pièce de théâtre, pour tout public, qui mêle politique et humour pendant une heure trente !
Adrien P

 

 

Quand le théâtre rencontre le cinéma, dans une pièce, où le non-dit est omniprésent.

Cette pièce s’appelle Pelléas et Mélisande, écrite par Maurice Maeterlinck et est mise en scène par Julie Duclos. Cette metteuse en scène s’est formée au conservatoire et a fait de nombreux spectacles. Elle a aussi travaillé dans le cinéma.
C’est l’histoire de l’amour impossible entre Pelléas et Mélisande. Mélisande est une fille, que Golaud, le demi-frère de Pelléas, a trouvée dans la forêt et a, par la suite, mariée. Pelléas et Mélisande se détestent au début mais vont tomber amoureux sans se l’avouer. Golaud les suspecte et essaie d’obtenir la vérité. Ce n’est qu’à la fin, lorsque les deux amoureux s’avoueront leur amour, que Golaud les surprendra et tuera Pelléas. Par la suite, Mélisande mourra malgré la naissance prématurée de sa fille.
Dans cette pièce, ce que j’ai spécialement aimé c’est que malgré le fait qu’elle fut écrite au 19ème  siècle, on est sous l’impression qu’elle est très actuelle car il y a, premièrement, des décors assez contemporains et banales mais aussi les costumes sont eux-mêmes très ordinaires. Le thème d’un amour entre deux jeunes personnes qui est impossible est aussi intemporel et parle à toutes les générations.  Cette pièce est aussi actualisée par l’utilisation du cinéma dans la mise en scène. En effet, la metteuse en scène a travaillé dans le cinéma et l’a utilisé dans cette pièce pour plusieurs scènes (celle de l’entrée de la grotte, la scène de fuite et la rencontre de Golaud et Mélisande). Au début de la pièce, le projecteur montre une suite de vidéos en noir et blanc d’animaux et de paysages qui sont majoritairement menacés, ce qui nous met dans une ambiance de fin du monde. Le film finit sur une explosion. Par la suite, la rencontre de Golaud et Mélisande se passent devant un lac qui n’est pas dans les environs du château ce qui permet de différencier les lieux plus facilement et a permis de mieux voir les visages des personnages qui était cruciaux dans cette scène (et dans la majorité de la pièce), où le non-dit est très important. Finalement, dans la scène de fuite de Mélisande, il y a un travelling de la caméra qui la suit dans sa course à travers la forêt. Le mouvement se fait donc ressentir fortement.

Un spectacle à aller voir absolument !
Alice T.