Style : théâtre
On aime : #Réflexion #comique #jeu des comédiens
En deux mots : Shakespeare toujours très contemporain
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Théâtre de la Commune / 2 rue Edouard Poisson 93300 Aubervilliers
Tarif : Billetterie / Pass culture accepté
Nos critiques
Texte William Shakespeare mes Lucile Lacaze
Vu par Hélène B., Elis B. et Arsène J.
Une pièce surprenante où pouvoir et injustice se rencontrent !
Avec Mesure pour mesure, William Shakespeare nous plonge dans une histoire aussi drôle que troublante, qui fait étonnamment écho à notre société actuelle. Entre humour, tensions et situations inattendues, cette pièce nous fait réfléchir sur le pouvoir, la justice et les rapports entre les hommes et les femmes.
Mise en scène par Lucile Lacaze, cette pièce raconte l’histoire de Claudio, un jeune homme condamné à mort pour avoir eu des relations avant son mariage. En l’absence du duc de Vienne, Angelo prend le pouvoir et impose des règles morales très strictes à toute la population. Pour sauver son frère, Isabella, la soeur de Claudio, tente de convaincre Angelo de revenir sur sa décision. Mais celui-ci lui fait une proposition particulièrement choquante : lui céder sa virginité alors que celle-ci est prête à rentrer au couvent. L’histoire prend alors une tournure inattendue, entre manipulation, hypocrisie et retournements de situation, notamment lorsque les personnages découvrent que le duc n’était jamais parti mais espionnait la situation, déguisé en prêtre.
La mise en scène et la traduction un peu modernisée apporte beaucoup de dynamisme à cette pièce classique. Les quatre comédiens incarnent plus de 10 personnages, ce qui rend le spectacle vivant et permet de passer rapidement d’une situation à une autre. J’ai particulièrement apprécié le thème du jeu et de l’escrime qui donne à la scène une dimension sportive et transforme les confrontations entre les personnages en véritables duels. Les costumes, inspirés de la Renaissance, participent également à l’originalité du spectacle et nous rappellent l’époque Élisabéthaine de Shakespeare. Le mélange entre les moments comiques et les passages plus sérieux fonctionne très bien : on peut rire d’une situation tout en étant amené à réfléchir à ce qu’elle dénonce. La pièce est majoritairement centrée sur le féminisme qui est encore aujourd’hui un thème important dans notre société. Les comédiens donnent beaucoup d’énergie à leurs personnages et rendent cette histoire, pourtant écrite il y a plusieurs siècles, très accessible à tout public.
Une pièce pleine d’énergie et d’intelligence qui prouve que Shakespeare n’a pas pris une ride ! On ressort du spectacle à la fois amusé et pensif, avec l’envie de discuter des questions qu’il soulève. Une belle découverte théâtrale que je recommande !
Hélène B.
“Mon mensonge pèse plus lourd que votre vérité” – Angelo.
Shakespeare met en lumière la partialité de la justice, et dénonce les rapports de classes et de sexes déséquilibrés de son temps au travers de l’histoire cruelle et injuste d’Isabella, une sœur retirée au couvent qui, en tentant de sauver la vie de son frère mis à mort pour avoir eu des relations sexuelles avant son mariage, va souffrir aux mains de tous les personnages masculins de la pièce : l’ami de son frère, le despote qui pourtant impose à son état un ordre moral rigoureux, et même le prêtre dans lequel elle pense trouver un conseiller bienveillant.
L’hypocrisie des pouvoirs juridiques et religieux sont exposés au plateau dans une intrigue mêlant mensonge et fausses apparences. Cette histoire regorge de rebondissements, qui sont mis en avant par la mise en scène joueuse de Lucile Lacaze, qui s’amuse avec les principes du théâtre élisabéthain en mettant les coulisses au plateau, et faisant de la scène un terrain de jeu.
Cette sombre comédie est jouée par quatre comédiens qui incarnent avec brio de nombreux personnages aussi divers que divertissants, et qui circulent à une vitesse à en ébouriffer le public. Tous semblent virevolter grâce à des costumes malins et une mise en scène ingénieuse qui met en avant l’aspect thriller de cette pièce qui est pourtant centrée sur la question de l’injustice, et où sont exposées les mécaniques cruelles du chantage et de la corruption. Et malgré ces sujets, qui malheureusement sont encore d’actualité aujourd’hui, la mise en scène invite à rire et à sourire.
Une comédie féministe et réussie qui invite à réfléchir à l’hypocrisie du pouvoir, hier et aujourd’hui.
Elis B.
La Grande Panique propose une relecture radicale et percutante de la pièce.
En faisant jouer la dizaine de rôles par quatre acteurs, l’adaptation transforme le drame classique en une sorte de thriller politique avec une pointe d’humour d’une grande efficacité.
La force du spectacle réside dans sa scénographique plus que sobre (un plateau nu avec les coulisses à vue) qui met en valeur l’hypocrisie du pouvoir et la violence morale subie par le personnage d’Isabella. L’intelligence de la mise en scène est d’équilibrer la cruauté des situations avec de l’humour, ce qui permet de ne pas tomber dans le piège d’une pièce avec une morale trop lourde. Chaque acteur incarne avec perfection ses différents rôles (il lui suffit d’enfiler un accessoire, et la magie du théâtre fait que l’on y croit sans problèmes) en sachant à n’importe quel moment passer d’un personnage cruel à son inverse comme le fait à merveille Nathan Jousni qui incarne à la fois le juge et le condamné.
Ce spectacle est une grande réussite. Lucile Lacaze réussit avec presque facilité à nous transporter dans différentes émotions avec une pièce classique, un plateau pratiquement nu et des costumes tout simples. A voir absolument.
Arsène J.