C’était notre terre au Théâtre des Quartiers d’Ivry

C’était notre terre au Théâtre des Quartiers d’Ivry

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Style : Théâtre
On aime : #émotions #histoire
En deux mots : Forte histoire familiale de riches colons et de leur nourrice kabyle percutés par la Guerre d’Indépendance algérienne.

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TQI – Manufacture des Oeillets / 1 place Pierre Gosnat 94200 Ivry-sur-Seine
Tarif : Billetterie / Pass culture accepté

Nos critiques

Adaptation du roman de Kathleen Grissom et Mathieu Belezi, mise en scène Célie Pauthe

Vu par Victor A., Aminata D. et David DM.

 

C’était notre Terre est une pièce touchante qui remettra en question votre point de vue sur la colonisation et sur la place des Colons en Algérie. Ici, au théâtre des Quartiers d’Ivry, la metteuse en scène Célie Pauthe vous propose une adaptation du best seller du roman de Kathleen Grissom et Mathieu Belezi.

C’était notre terre débute par l’introduction de Marie-Claire et Claudia, deux sœurs issues d’une famille de Colons, retrouvant avec nostalgie la maison de leur enfance une fois de retour en Algérie 50 années après leur fuite. Nous faisons par la suite connaissance avec le fantôme de Fatima, alors ancienne nounou de la famille. Et c’est de son point de vue, qu’elle raconte ses années de vie, de sa naissance dans la maison de son grand-père, jusqu’à sa mort, aux côtés de Hortense, la maîtresse de maison.

La mise en scène est constituée d’un ensemble de meubles (armoires, tables, chaises) mobiles (avec des roulettes) ce qui permet de bouger rapidement les meubles en fonction de la scène. Par exemple,lorsque l’on découvre la maison familiale au début de la pièce, on observe un amas de meubles. Mais, à la scène suivante, les meubles bougent, permettant ainsi de recréer la salle à manger, le lit de mort de Hortense, et les escaliers, qui constituent donc le décor jusqu’à la fin de la pièce.

Au niveau des lumières, elles sont assez pâles, éclairant d’une luminosité satisfaisante la scène. Cependant, il existe des exceptions : lors de dialogues importants, un projecteur éclaire les acteurs, marquant ainsi l’importance de la scène et parfois, une lumière nous éclaire nous, spectateurs. On peut également souligner un projecteur, affichant des dessins sur le rideau du fond de la scène lorsque des personnages décrivent leur vision.

Mais, ce qui est le plus frappant, c’était le jeu d’acteur des comédiens. Globalement, ils arrivent tous à s’imposer sur scène, de par leurs propos mais aussi par l’intention qu’ils mettent à chaque phrase. On peut citer notamment le jeu d’acteur de : l’actrice qui incarne Fatima; l’actrice qui joue Hortense; l’acteur qui joue Antoine. Ce qui est également frappant, c’est l’histoire qui y est racontée, qui nous plonge dans le récit et nous fait découvrir cette famille de Colons, d’apparence idéale mais qui cache des horreurs frissonnantes…

En conclusion, cette pièce est marquante par son histoire à la fois touchante, dramatique et par les acteurs qui la composent. C’est un spectacle à aller découvrir dans le théâtre des Quartiers d’Ivry. Cependant, le spectateur a besoin d’une maturité assez importante pour cette pièce qui parle de sujets assez durs, ce qui peut ne pas convenir au plus jeune public.

Victor A.

 

     La guerre d’Algérie s’est terminée en 1962, mais pourtant son histoire continue de faire débat encore aujourd’hui entre la France et L’Algérie.

C’était notre terre est un texte de Mathieu Belezi mis en scène par Célie Pauthe aux théâtre des Quartiers D’Ivry.

Dès le début la pièce nous place dans un espace-temps hors du réel situé entre le monde des vivants et celui des morts, les personnages sont tous décédés et apparaît pour nous raconter leur histoire de leur vivant joué.

La scénographie est un élément fondamental dans la pièce car, en effet, l’histoire est racontée dans une maison et trace une famille de colons Français résidant dans une région en Algérie qui possèdent une gouvernante algérienne nommée Fatima pendant le début de la guerre d’Algérie jusqu’à sa fin.

Par conséquent les meubles tels que la table à manger, la coiffeuse, le lit, le géant cadre ou encore les  armoires présent sur la scène permettant de recréer l’ambiance du foyers ainsi sont essentiels pour jouer certaine scène et rend l’histoire d’autant plus captivant et nous plongent davantage dans l’intrigue.

Il y a quatre personnages physiques sur scène, qui racontent chacun leur point de vue et la manière dont ils ont vécu la guerre. Ce qui est remarquable, c’est que parmi eux, certains dénoncent les colonisateurs tandis que d’autres les défendent. Cela donne une certaine neutralité à la pièce, puisque les atrocités et les violences sont abordées des deux côtés. Cette manière de présenter les différents points de vue rend la pièce particulièrement percutante.

De plus, l’ambiance présente dans la pièce est troublante. En effet, certains sons et certaines musiques sont terrifiants, amplifiés par les jeux de lumière, ce qui crée une atmosphère inquiétante. À d’autres moments, tout devient plus paisible, notamment lorsque Fatima chante des chansons en arabe. L’ambiance devient alors beaucoup plus belle et calme, créant un contraste saisissant avec les moments plus angoissants.

C’est une magnifique mise en scène sur la guerre d’Algérie, qui retrace bien l’histoire tout en lui rendant hommage, ce qui la rend particulièrement touchante. La pièce dure environ deux heures, mais elle mérite vraiment d’être vue, d’autant plus si l’on connaît déjà cette période de l’histoire, et encore plus si on ne la connaît pas, car elle permet de découvrir et de comprendre les principaux événements de la guerre d’Algérie.

Aminata D.

 

C’était notre terre nous plonge au cœur d’une famille de pieds-noirs ayant quitté l’Algérie. La pièce s’ouvre sur deux sœurs qui se retrouvent dans une brocante. Elles y découvrent des meubles exactement semblables à ceux de leur ancienne maison en Algérie, et la nostalgie les saisit. La pièce proprement dite commence alors, portée par Fatima, la domestique arabe de cette famille de colons, aujourd’hui morte. À travers ses souvenirs, nous revivons son quotidien auprès de ses maîtres, avant que tout ne bascule. Le thème central est le rapport à la terre perdue, mais vue de deux côtés très différents.

Le titre mérite qu’on s’y arrête. C’était notre terre : mais notre terre à qui ? Les pieds-noirs, pour beaucoup nés en Algérie, la considèrent comme la leur, et leur nostalgie est sincère. Pourtant, les Algériens étaient là bien avant eux, et la pièce montre qu’ils sont méprisés, mis à l’écart, presque étrangers sur leur propre sol. La famille française traite avec condescendance ceux qui sont pourtant originaires de cette terre. Le titre se lit ainsi différemment selon celui qui le prononce, et c’est toute la force de ce titre.

Au début du spectacle, les meubles sont entassés dans un désordre qui masque presque toute la scène. Ce choix paraît volontaire : il traduit le flou de la mémoire et des souvenirs qui affleurent. Peu à peu, tout se réorganise. Le buffet rejoint le salon à côté de la table, les chaises se rangent autour d’elle, le lit prend place près de l’armoire et du miroir. Chaque objet retrouve sa logique, et l’on passe symboliquement de la confusion à la clarté.

Le décor évoque une maison aisée, avec salle à manger et meubles en bois soignés. Il est complet et réaliste, mais reste sobre : beau, riche en détails, sans jamais chercher à impressionner. Cette retenue le rend crédible. On croit réellement se trouver dans une famille française aisée de l’époque coloniale.

Chaque fois que l’on plonge dans les souvenirs de Fatima, un membre de la famille vient se plaindre de ses malheurs, souvent dérisoires et coupés de la réalité. Une des filles regrette, par exemple, de n’avoir pu vivre son histoire d’amour. Fatima la remet alors à sa place en lui rappelant qu’elle a elle-même été violée par son père. Un autre épisode évoque une amie de Fatima, attachée à un arbre : un agent de l’administration, protégé par le système colonial, lui a tranché les seins, et elle est morte vidée de son sang, sans être conduite à l’hôpital. Ces contrepoints sont d’une grande violence et rappellent que la souffrance des uns est invisible aux yeux des autres.

Le jeu est globalement bon, mais c’est Fatima qui a le plus retenu mon attention. Elle évoque ses traumatismes avec une froideur et un calme saisissants, comme si elle les tenait à distance. On peut y voir l’habitude de celle qui a appris à vivre avec ces blessures, au point de les raconter sans trembler. Ce détachement rend ses récits encore plus glaçants : l’absence d’éclats de voix ne fait qu’accentuer l’horreur de ce qu’elle dit, et crée un contraste fort avec les plaintes les plus bruyantes de la famille.

La pièce montre les horreurs de l’Algérie française du côté algérien. Elle confronte deux mondes totalement étrangers l’un à l’autre : d’un côté des Français attachés à leur Algérie, de l’autre des Algériens qui subissaient les violences d’une administration coloniale. Le spectacle donne la parole à celle que l’Histoire a trop souvent laissée dans l’ombre, et rappelle que la nostalgie des uns s’est construite sur la douleur des autres.

David DM.

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