Style : Théâtre
On aime : #jeu #mise en scène
En deux mots : Une réflexion brillante, intime et partagée sur le comédien
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SILVIA MONFORT / 106 rue Brancion 75015 Paris
Tarif : Billetterie / Pass culture accepté
Nos critiques
Texte Olga Mouak et Arne Tremerie mes Milo Rau
Vu par Charles B. et Anouk D.
La Lettre de Milo Rau, un théâtre intime et révolutionnaire
La Lettre, créée par Milo Rau et interprétée par Olga Mouak et Arne de Trémerie, est une création itinérante du Festival d’Avignon 2025 qui a été produite au Théâtre Silvia Monfort le vendredi 30 janvier 2026.
Ce spectacle hybride mêle autofiction et récits familiaux. Les spectateurs sont happés par les histoires personnelles d’Arne De Tremerie et d’Olga Mouak, qui leur racontent qui ils sont, d’où ils viennent et quelles sont les racines enfouies de leur vocation théâtrale.
Dans cette présentation, Arne De Tremerie joue le rôle d’un jeune Belge, avec un fort accent flamand, qui était très proche de sa grand-mère Nina, présentatrice vedette de la radio flamande et qui aurait adoré jouer La Mouette de Tchekhov, mais aussi voir son petit-fils interpréter cette pièce mythique. Olga Mouak, elle, joue le rôle d’une Française d’origines camerounaise et réunionnaise, également marquée par l’une de ses aïeules qui entendait des voix et qui a toujours rêvé d’incarner la figure de Jeanne d’Arc lors des fêtes données à Orléans en son honneur. Cependant, les passions et les envies des deux protagonistes sont rapidement douchées par les aléas de la vie : Jeanne d’Arc est une figure récupérée par l’extrême droite, et Olga, en raison de sa peau noire, est exclue des fêtes données à Orléans en l’honneur de la bergère lorraine. Et elle a rencontré Arne lors d’une audition pour La Mouette, qu’aucun des deux n’a remportée.
La mise en scène est audacieuse et frappante de simplicité. Milo Rau, avec l’aide de Giacomo Bisordi, a opté pour une scénographie simpliste et banale, adaptée à l’itinérance du spectacle. Le plateau, réduit à l’essentiel, une simple table en bois et des drapeaux bleu, blanc et rouge pour Jeanne d’Arc, est transformé en un lieu de confidence où Olga Mouak et Arne de Trémerie partagent leurs histoires personnelles, leurs doutes et leurs rêves. Leur complicité se ressent, et leur interprétation, drôle et déchirante, donne au spectacle une dimension émouvante et humaine. Sur scène, une spectatrice choisie au hasard, longe à chaque changement de tableau, l’avant-scène à l’aide d’un écriteau.
Le metteur en scène utilise des interactions avec le public : les défunts reprennent voix grâce à un programme d’intelligence artificielle, des spectateurs, sans avoir à bouger de leur siège, lisent des répliques de Tchekhov, pour créer une expérience immersive. Le spectacle, qui paraît tout d’abord « bricolé », est en réalité parfaitement joué et maîtrisé par les deux acteurs.
Un spectacle captivant, où Milo Rau, avec l’aide de deux formidables acteurs, nous propose une pièce qui mêle humour et réflexion sur le théâtre. À voir absolument
Charles B.
Dans la pièce La Lettre, les auteurs et interprètes Olga Mouak et Arne Tremerie tissent devant les yeux du public et avec sa participation un spectacle mêlant fiction et réalité jusqu’à ce que nous ne puissions plus totalement les distinguer.
En effet le destin des comédiens se mêlent progressivement à ceux de Jeanne d’Arc et Constantin Treplev, personnage La mouette
Ils parviennent ainsi à créer une pièce intime avec une alternance entre des scènes durant lesquelles les comédiens semblent se raconter eux =-mêmes et d’autres où ils reprennent des scènes phares de la vie de Jeanne d’Arc ou de la vie de Tchekhov, tantôt de manière humoristique tantôt plus pathétique, ce qui apporte un juste équilibre à la pièce.
Le décor ainsi que les costumes sont assez rudimentaires, ce qui conserve une certaine neutralité et permet d’accentuer l’impression pour le spectateur que rien n’est déjà établi et donc qu’il assiste en direct au processus de création et peut y jouer un rôle.
Il s’agit d’une pièce pleine de vie et à la forme inhabituelle qui mérite d’être vue !
Anouk D.
