Style : Théâtre
On aime : #scénographie #jeu des comédiens
En deux mots : Une adaptation magistrale du texte d’Eric Vuillard
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Théâtre du Vieux Colombier, rue du Vieux Colombier 75006 Paris
Hélas complet…
Nos critiques
Texte d’après Eric Vuillard mise en scène Jean Bellorini
Vu par Martin L.M. et Valentine A.
Un spectacle qui nous raconte ce qu’on n’apprend pas, avec humour et une mise en scène pleine d’idées.
L’Ordre du Jour revisite la montée du nazisme et l’annexion de l’Autriche en adoptant un angle inattendu : plutôt que de rejouer les faits, la pièce les raconte, les observe avec une ironie qui fait parfois sourire… avant de rappeler à quel point tout cela est grave. Ce choix donne au spectacle une identité forte, ou le satire occupe une place centrale.
L’histoire avance comme un récit partagé avec le public : on suit la progression des nazis, l’ascension d’Hitler, les décisions politiques et économiques entreprises, et la manière dont tout un pays glisse vers le pire. La pièce ne cherche pas à rejouer l’Histoire ; elle la raconte presque comme un documentaire, en révélant des aspects peu connus tout en les abordant avec une touche satirique qui les rend plus accessibles et percutants.
Autour des quatre comédiens, la mise en scène construit une atmosphère forte : la musique, parfois chantée, crée un léger décalage et même de vrais moments de libération du triste récit original. Les lumières, combinées au maquillage, donnent par moments une impression de noir et blanc, comme si l’on regardait l’Histoire à travers un filtre ancien. Le grand miroir sur scène est aussi formidable pour créer une impression de profondeur
Ce mélange d’humour, de narration et de dispositifs scéniques donne un spectacle original. On ressort avec l’impression d’avoir vu quelque chose qui ne ressemble pas aux mises en scène historiques habituelles : un théâtre qui raconte, qui montre, qui interroge et qui dénonce sans jamais se prendre pour un cours magistral.
Une proposition audacieuse, vivante et accessible, qui mérite clairement d’être découverte.
Martin L.M.
Un mélange parfait d’humour et d’Histoire !
A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, le récit retrace les faits, les humeurs, les ratés, les détails passés inaperçus, (ou bien imaginaires) à l’origine des rouages de l’horreur qui marqua à jamais l’histoire du XXe siècle.
Alors que l’on pensait tout savoir, L’Ordre du jour nous invite à lire entre les lignes, ou plutôt celles que l’on a bien voulu nous partager.
Dans un respect quasi total du texte, simplement condensé, Jean Bellorini nous plonge dans ce qu’il nomme la « caisse de résonnance du monde ». Une salle sobre, mais dont le décor simple prend tout son sens lorsqu’il se meut. Avec une plateforme réverbérante, la salle peut en effet se métamorphoser, selon si nous assistons à un déjeuner mondain avec Chamberlain, à une réunion secrète menant à la corruption de 24 grands industriels allemands, ou même au procès de Nuremberg. Elle s’incline, elle nous oppresse ou nous reflète. La musique prend plusieurs formes sur scène, souvent accompagnée avec brio par le comédien Baptiste Chabauny, au violoncelle et aux percussions. La troupe, bien que seulement composée de quatre interprètes, incarne avec dynamisme, humour et profondeur ces personnages dont on regrette reconnaître les traits. En effet, les masques, plus burlesques les uns que les autres, exposent une hiérarchie ridicule, des caractères exagérés, prouvant l’idée d’Éric Vuillard, « L’Histoire est un spectacle ». Comment s’assurer que ces scènes ne se répèteront pas, alors que les frontières entre ce que je vois et ce qui se creuse à l’heure actuelle ? Voilà la question à laquelle nous confronte Jérémy Lopez, des archives de l’Autriche de 1933 défilant dans le fond.
Une pièce à voir absolument !
Valentine A.
