Style : théâtre
On aime : #humanité #jeu d’actrice
En deux mots : La soif de vivre de jeunes femmes en 1920 qui s’émancipent
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Théâtre de la Commune / 2 rue Edouard Poisson 93300 Aubervilliers
Tarif : Billetterie / Pass culture accepté
Nos critiques
Texte d’après L’incandescente de Claudie Hunzinger et le film Ultraviolette et Le Gang des cracheuses de sang de Robin Hunzinger
mes Louise Chevillotte
Vu par Elise DS. et Anouk D.O.
Portrait politique et touchant de femmes oubliées
Dans L’Incandescente et le gang des cracheuses de sang, Louise Chevillotte met en scène une adaptation du livre L’Incandescente de Claudie Hunzinger et du film Ultraviolette et le Gang des cracheuses de sang de Robin Hunzinger, tous deux inspirés de la correspondance épistolaire conservée par leur mère et grand-mère Emma.
Dans les années 1920, Emma et Marcelle étudient à l’École Normale : deux années d’idylle qui vont être perturbées par l’affectation, en 1926, de Marcelle dans une petite école de campagne. C’est alors que commence leur échange de lettres dont plus de mille seront retrouvées des années plus tard : celles de Marcelle, précieusement conservées par Emma.
Dans ce mélange d’extraits de lettres déclamés et de scènes de vie sont explorés des thèmes tels que l’amour brûlant ou le manque de l’autre mais également ceux de la maladie et de tout ce qu’elle implique – Marcelle apprend être atteinte de tuberculose aux portes de la vingtaine – l’enfermement qui rend fou, les mauvaises conditions de vie des jeunes professeures recluses au sanatorium. Plus généralement, on y aborde la place des femmes dans la société d’il y a tout juste un siècle.
Sur la vie de Marcelle et ses trois acolytes sortant de l’adolescence, les fameuses “cracheuses de sang”, plane constamment l’idée d’une mort prochaine rendant leur désir de vivre la “vraie vie” d’autant plus urgent : elles parlent haut et fort, vivent leurs amours et tentent tant bien que mal de faire leurs propres choix. Image qui détonne par rapport aux représentations de femmes de l’époque d’autant plus que le caractère lesbien de leurs passions n’est pas présenté comme le sujet central. C’est avant tout l’histoire de deux personnes éloignées par la vie et les obligations de l’âge adulte, évoluant dans des directions presque opposées : une histoire d’amour permettant la représentation dont la communauté lesbienne manque tant.
La scénographie, toute simple, fonctionne à merveille : de grands drapés blancs modulables évoquent différents espaces, indiquant des changements géographiques clairs tout en fluidité. La légèreté du matériau favorise une atmosphère étrange et nous place dans un décor planant hors du temps (l’internement au sanatorium ne serait-il pas une coupure avec le monde réel?) : si on commence avec une certaine froideur géométrique, les draps forment lors de l’acte final une sorte de cabane déstructurée et accueillante rappelant celles des enfants, matérialisant le confort que les héroïnes représentent les unes pour les autres. De fait, nos seuls repères dans cette blancheur omniprésente sont les quatre interprètes (Élodie Gandy, Juliette Gharbi, Lucie Grunstein et Mathilde-Edith Mennetrier) au jeu révolté et bruyant, débordant de la vie dont manquent leurs personnages. Des performances brillantes, rehaussées par l’usage ponctuel de musique, portrayant des femmes fortes et singulières mais profondément unies contre cette société qui les marginalise. Cependant une autre présence s’invite à leur côté : celle de la mort et de revenants fantomatiques, mis en scène par un habile jeu de lumières et d’ombres, tant par la projection de silhouettes que par l’usage de bougies et lampes.
Bijou émouvant empreint d’une humanité profonde et tragique, à voir absolument ! Elise DS.
Dans cette première mise en scène Louise Chevillote, fait vivre sur scène les correspondances magnifiques et passionnées de Marcelle et Emma, deux jeunes femmes ayant entretenu une liaison amoureuse durant leurs études d’institutrices dans les années 1920.
Âgées respectivement de 16 et 17 ans, les jeunes femmes entretiennent une relation hors des clous de la société pendant deux ans, jusqu’à ce que la fougueuse Marcelle, atteinte de la tuberculose, doive partir se soigner au sanatorium où elle tissera des amitiés amoureuses avec Hélène, Marguerite et Bijou, trois jeunes femmes rencontrées là bas. Malgré leur séparation Marcelle et Emma continueront à s’écrire des lettres durant de longues années, et c’est à travers la plume de la fascinante Marcelle que nous découvrons leur histoire.
Elle est interprétée par Juliette Gharbi qui a très bien su incarner l’énergie solaire du personnage qui mène la pièce au rythme de ses désirs et de sa spontanéité.
Les décors sont simples mais magnifiques, un rideau qui flotte dans le vent, des lumières chaudes et basses, des ombres, des drapés qui forment sur scène de magnifiques tableaux dans une atmosphère intimiste qui nous rapprochent de l’histoire et nous touchent profondément.
Cette histoire vraie reprend vie à travers ces comédiennes et cette mise en scène sensibles qui valent le détour ! Anouk D.O.
