Style : théâtre
On aime : #humanité #jeu d’actrice
En deux mots : La soif de vivre de jeunes femmes en 1920 qui s’émancipent
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Théâtre de la Commune / 2 rue Edouard Poisson 93300 Aubervilliers
Tarif : Billetterie / Pass culture accepté
Nos critiques
Texte d’après L’incandescente de Claudie Hunzinger et le film Ultraviolette et Le Gang des cracheuses de sang de Robin Hunzinger
mes Louise Chevillotte
Vu par Elise DS., Anouk D.O., Laura E., Charles B.
Une prosodie révélatrice d’un souffle de vie malgré la mort proéminente.
1923, Emma et Marcelle, deux jeunes femmes amoureuses, rêvent de devenir institutrices. Or, le cours des choses fait qu’elles se retrouvent séparées, dans un premier temps par la préparation du concours d’institutrices, puis par l’internement de Marcelle au sanatorium en pleine Creuse à la suite de la découverte de la tuberculose dont elle est atteinte. Au travers des lettres de Marcelle, révélant une correspondance constante entre les deux femmes, on découvre son quotidien au sanatorium, ses doutes, et ses envies profondes. Ces lettres révèlent au fur et à mesure la bataille que Marcelle lutte pour ne pas s’abandonner, le lien fort et unique qu’elle entretient avec ses colocataires et l’amour qu’elle porte pour Emma, dont la pensée lui sert de pilier. Comme un vent de liberté et une envie de profiter pleinement, Marcelle respire la joie de vivre et donne à voir la vie comme une chose précieuse et non un poids, ce malgré les difficultés. Ses mots révèlent la complexité humaine, la violence de la vie tout en nous dévoilant des portraits de femmes qui refusent de se laisser abattre.
Issue au départ du roman de Claudie Hunzinger et du documentaire de Robin Hunzinger, la pièce s’articule autour d’une histoire vraie. La pièce est mise en scène dans un décor composé de draps blancs et de quelques accessoires. La scénographie est vraiment composée au service du texte et à l’éloquence des comédiennes : on apprécie véritablement leur jeu très abouti qui transporte, nous touche et dont la prosodie est très poétique. Ainsi, il est simple de s’identifier aux personnages et d’être ému par leurs problématiques et histoires : on est véritablement dans une pièce dont l’intention est tournée vers les sentiments du spectateur et son implication émotionnelle auprès des personnages. Les difficultés de compréhension liées au déroulé des évènements de la pièce, qui peut parfois être un peu confus, n’empêchent en rien l’installation de l’émotion, l’attachement du spectateur à ces femmes tout comme le transport du spectateur dans la vie de Marcelle. Cette pièce soulève de véritables questionnements vis-à-vis de la vie, de la mort, des difficultés qu’on peut y rencontrer et des risques qu’impliquent le fait de la vivre pleinement. Donnant un véritable souffle de vie, cette pièce nous montre que tout est éphémère et rien ne vaut plus que d’être heureux.
Un chef d’œuvre émotionnel à découvrir !
Laura E.
L’Incandescente et le Gang des cracheuses de sang, une adaptation envoûtante, politique et énergique
Pour sa première réalisation théâtrale, la comédienne (jusqu’ici reconnue comme actrice de cinéma et de théâtre) adapte ce récit sur la correspondance et les amours interdites de deux jeunes femmes au début du XXᵉ siècle.
Cette représentation évoque l’idylle entre Marcelle, 16 ans, et Emma, 17 ans. De cette relation, il ne reste que les centaines de lettres de Marcelle, conservées par Emma. L’adaptation suit donc le fil de cette correspondance amoureuse, à contre-courant des mœurs de l’époque. Depuis la campagne où elle contracte la tuberculose, Marcelle raconte sa cure dans un sanatorium pour jeunes institutrices. Là, elle rencontre Hélène, Marguerite et « Bijoux », avec qui elle forme le Gang des cracheuses de sang. Ce groupe, énergique et joyeux, se réunit la nuit à l’insu des médecins. Ensemble, elles revendiquent une liberté de corps et d’esprit dans une société patriarcale. Les quatre jeunes filles qui sont joués par quatre actrices énergiques et dynamiques, sont vêtues de chemises de nuit blanches et jouent dans un décor entouré de rideaux blancs, ce qui évoquent un univers hospitalier.
Un spectacle captivant, où Louise Chevillotte, avec l’aide de quatre formidables actrices, nous proposent une pièce qui mêle humour, théâtre intime et politique. À voir absolument !
Charles B.
Portrait politique et touchant de femmes oubliées
Dans L’Incandescente et le gang des cracheuses de sang, Louise Chevillotte met en scène une adaptation du livre L’Incandescente de Claudie Hunzinger et du film Ultraviolette et le Gang des cracheuses de sang de Robin Hunzinger, tous deux inspirés de la correspondance épistolaire conservée par leur mère et grand-mère Emma.
Dans les années 1920, Emma et Marcelle étudient à l’École Normale : deux années d’idylle qui vont être perturbées par l’affectation, en 1926, de Marcelle dans une petite école de campagne. C’est alors que commence leur échange de lettres dont plus de mille seront retrouvées des années plus tard : celles de Marcelle, précieusement conservées par Emma.
Dans ce mélange d’extraits de lettres déclamés et de scènes de vie sont explorés des thèmes tels que l’amour brûlant ou le manque de l’autre mais également ceux de la maladie et de tout ce qu’elle implique – Marcelle apprend être atteinte de tuberculose aux portes de la vingtaine – l’enfermement qui rend fou, les mauvaises conditions de vie des jeunes professeures recluses au sanatorium. Plus généralement, on y aborde la place des femmes dans la société d’il y a tout juste un siècle.
Sur la vie de Marcelle et ses trois acolytes sortant de l’adolescence, les fameuses “cracheuses de sang”, plane constamment l’idée d’une mort prochaine rendant leur désir de vivre la “vraie vie” d’autant plus urgent : elles parlent haut et fort, vivent leurs amours et tentent tant bien que mal de faire leurs propres choix. Image qui détonne par rapport aux représentations de femmes de l’époque d’autant plus que le caractère lesbien de leurs passions n’est pas présenté comme le sujet central. C’est avant tout l’histoire de deux personnes éloignées par la vie et les obligations de l’âge adulte, évoluant dans des directions presque opposées : une histoire d’amour permettant la représentation dont la communauté lesbienne manque tant.
La scénographie, toute simple, fonctionne à merveille : de grands drapés blancs modulables évoquent différents espaces, indiquant des changements géographiques clairs tout en fluidité. La légèreté du matériau favorise une atmosphère étrange et nous place dans un décor planant hors du temps (l’internement au sanatorium ne serait-il pas une coupure avec le monde réel?) : si on commence avec une certaine froideur géométrique, les draps forment lors de l’acte final une sorte de cabane déstructurée et accueillante rappelant celles des enfants, matérialisant le confort que les héroïnes représentent les unes pour les autres. De fait, nos seuls repères dans cette blancheur omniprésente sont les quatre interprètes (Élodie Gandy, Juliette Gharbi, Lucie Grunstein et Mathilde-Edith Mennetrier) au jeu révolté et bruyant, débordant de la vie dont manquent leurs personnages. Des performances brillantes, rehaussées par l’usage ponctuel de musique, portrayant des femmes fortes et singulières mais profondément unies contre cette société qui les marginalise. Cependant une autre présence s’invite à leur côté : celle de la mort et de revenants fantomatiques, mis en scène par un habile jeu de lumières et d’ombres, tant par la projection de silhouettes que par l’usage de bougies et lampes.
Bijou émouvant empreint d’une humanité profonde et tragique, à voir absolument ! Elise DS.
Dans cette première mise en scène Louise Chevillote, fait vivre sur scène les correspondances magnifiques et passionnées de Marcelle et Emma, deux jeunes femmes ayant entretenu une liaison amoureuse durant leurs études d’institutrices dans les années 1920.
Âgées respectivement de 16 et 17 ans, les jeunes femmes entretiennent une relation hors des clous de la société pendant deux ans, jusqu’à ce que la fougueuse Marcelle, atteinte de la tuberculose, doive partir se soigner au sanatorium où elle tissera des amitiés amoureuses avec Hélène, Marguerite et Bijou, trois jeunes femmes rencontrées là bas. Malgré leur séparation Marcelle et Emma continueront à s’écrire des lettres durant de longues années, et c’est à travers la plume de la fascinante Marcelle que nous découvrons leur histoire.
Elle est interprétée par Juliette Gharbi qui a très bien su incarner l’énergie solaire du personnage qui mène la pièce au rythme de ses désirs et de sa spontanéité.
Les décors sont simples mais magnifiques, un rideau qui flotte dans le vent, des lumières chaudes et basses, des ombres, des drapés qui forment sur scène de magnifiques tableaux dans une atmosphère intimiste qui nous rapprochent de l’histoire et nous touchent profondément.
Cette histoire vraie reprend vie à travers ces comédiennes et cette mise en scène sensibles qui valent le détour ! Anouk D.O.
