Style : Théâtre
On aime : #suspense #originalité
En deux mots : Un texte original sur le vécu colonial des Comores.
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TQI – Manufacture des Oeillets / 1 place Pierre Gosnat 94200 Ivry-sur-Seine
Tarif : Billetterie / Pass culture accepté
Nos critiques
Texte et mise en scène Soeuf Elbadawi
Vu par Noélie B. et Aïchatou N.
Un nom provocateur pour une pièce surprenante :
Je suis blanc et je vous merde est la toute nouvelle pièce de Soeuf Elbadawi, jouée pour la première fois le 11 février au Théâtre des Quartiers d’Ivry.
Cette pièce au décor minimaliste mais efficace traite de l’arrestation d’un homme blanc sur l’île des Comores et de l’enquête biaisée menée contre lui. Elle captive en installant chez les spectateurs un certain suspense, une attente quant au déroulement de l’enquête ; car oui, ce n’est pas tant la résolution de l’enquête qui tient le spectateur en haleine mais plutôt la manière dont l’enquête est menée. Dans le huis clos du commissariat de police, les événements étranges s’enchaînent et la confusion s’insinue dans l’esprit sur fond de passé colonialiste. L’humour est également présent grâce à des personnages excentriques au langage cru et au comportement étrange.
L’originalité précieuse de Je suis blanc et je vous merde fait sa richesse et sa générosité est à saisir !
Noélie B.
Dès le titre, relativement provocateur, une réflexion sur les rapports de pouvoir, les privilèges et les problèmes liés à l’identité, s’impose.
Le début de la pièce est surprenant par l’utilisation du Coran dans la mise en scène, un choix inattendu qui capte immédiatement l’attention du spectateur. Cependant, après cette première surprise, le rythme semble alors plus lent et le ressenti d’un certain ennui. Mais au fil du temps, la force des dialogues et le jeu des acteurs séduisent.
Ce qui est particulièrement marquant, c’est le naturel du jeu. Une scène met en avant une femme vêtue d’un wax et d’une perruque, parlant avec un accent africain très réaliste. Son personnage, femme d’un homme sûrement haut placé (suggéré par sa cravate rouge et son costume soigné), ce qui est très drôle. Elle parle fort, interpelle et insulte l’homme qui refuse de «libérer son blanc», qu’elle associe à un passeport. Cette scène, bien que très drôle en apparence, renvoie en réalité à un préjugé répandu : celui selon lequel une personne noire chercherait à se marier avec un blanc pour accéder à l’Europe et à ses privilèges. Derrière l’humour, la critique sociale est puissante.
Le personnage du «blanc», accusé d’être un espion, apparaît perdu et énervé face aux accusations. Ce renversement des rôles est particulièrement intéressant : ce n’est plus l’immigré qui est suspect, mais l’homme blanc lui-même. La pièce inverse les rapports de domination habituels et oblige le spectateur à réfléchir.
Le décor, très simple, est un peu dommage. Les bancs rappelant l’Éducation nationale et le cube modulable, qui pouvait représenter différentes pièces selon son orientation, créaient un espace un peu minimaliste. La transparence du décor, laissant parfois voir ce qui se passe derrière, donnait l’impression que rien n’est totalement caché.
La pièce met en valeur les immigrés au lieu de les dénigrer. Elle donne la parole à ceux qu’on caricature souvent. Même si certains moments étaient un peu exagérés, le spectacle est puissant et engagé. Il ne cherche pas à plaire à tout le monde, mais à provoquer une réflexion.
Pour finir, Je suis blanc et je vous merde est une œuvre forte, à la fois drôle et percutante, qui utilise l’humour et la provocation pour dénoncer les inégalités et les préjugés.
On en ressort secoué, mais aussi enrichi.
Aïchatou N.

