UNE MAISON DE POUPEE au Théâtre Silvia Monfort jusqu’au 29 mars

UNE MAISON DE POUPEE au Théâtre Silvia Monfort jusqu’au 29 mars

♥ ♥ ♥

Style : Théâtre
On aime : #marionnette #jeu #musique
En deux mots : Quand marionnettes et comédiens se confondent pour donner vie à un spectacle magistral

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SILVIA MONFORT / 106 rue Brancion 75015 Paris
Tarif : Billetterie / Pass culture accepté

Nos critiques

Vu par Elise D.S.

D’après le texte bien connu d’Ibsen, Yngvild Aspeli et la Compagnie Plexus Polaire nous livre une œuvre époustouflante.

Une maison de poupée toute en poupées !

Quand la signature qu’elle a falsifiée pour obtenir un prêt et sauver son mari gravement malade refait surface, le monde de Nora s’effondre. Huit ans de vie parfaite avec son mari, Torvald Helmer et ses trois enfants, partis en fumée face au chantage de celui à qui elle avait fait confiance pour sa discrétion. Torvald, directeur de banque, tenant à sa réputation plus qu’à tout, lui en veut terriblement. Sa chère “alouette” n’était donc pas la femme innocente qu’il croyait. Elle ne peut plus s’approcher de ses enfants au risque de les pervertir, ne peut plus s’approcher de lui : jamais un homme ne renoncerait ainsi à son honneur “par amour”, c’est d’autant plus impardonnable chez sa femme. Nora, prise de panique sous l’effet du chantage, tombe dans la folie comme le lui répète son entourage. Mais ne serait-ce pas plutôt sa sortie des codes qui fait peur ? Qui est réellement sain d’esprit ? Personne ne tient la vérité absolue : elle se voyait en héroïne, le monde semble la voir en traître. Pourquoi ? Une fois un arrangement trouvé, Helmer pardonne sa femme. C’est alors qu’elle prend conscience de son rôle de poupée dans sa propre maison, “petit écureuil” pris au piège dans un quotidien fermé, répétitif et infantilisant. Aucune identité propre. S’échapper de cette société de faux-semblants serait-il le seul moyen d’atteindre la liberté ?

Le récit d’émancipation, déjà avant-gardiste pour l’époque, est mis en valeur par le formidable travail de mise en scène et de composition musicale. Si l’on commence sur un intérieur lumineux et bien arrangé, le plateau s’assombrit progressivement : la lumière baisse, les murs s’envolent laissant paraître du tulle noir, les meubles se déplacent… Une série d’évolutions accompagnées par l’apparition d’araignées de plus en plus grandes matérialisant les angoisses grandissantes de notre héroïne ou par la dislocation des marionnettes grandeur nature, personnages à part entière. Le rêve conventionnel tombe littéralement en pièces. Les deux comédiens marionnettistes sont, en effet, entourés de poupées dont le détail fin et ingénieux donne des frissons. Yngvild Aspeli joue seule pendant les deux premiers tiers puis Torvald prend vie, Nora devient poupée, redevient vivante : un va-et-vient des plus adaptés à la pièce illustrant le décalage entre projection et réalité dans toutes relations humaines, “on ne s’est jamais compris”. Cependant, la colonne vertébrale de cette pièce est le jeu d’Aspeli, puissant mais surtout constant : multipliant voix et visages, dansant une tarentelle endiablée et passant par toutes les émotions possibles ! Accompagnée par Viktor Lukawski, elle réussit à créer une tension palpable, une douleur voire un malaise, toujours lourd de sens. Cette oeuvre profondément féministe déplace les questions, amène à une réflexion du spectateur tout en le plongeant dans un moment captivant et mémorable.

Aussi beau que perturbant, à aller voir absolument !

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